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Yves Langlois et Raôul Duguay: même combat!

Deux êtres marginaux qui s'assument 


Publié le 4 octobre 2017

Yves Langlois et Raôul Duguay dans le vestiaire du Musée des beaux-arts de Montréal lors de la nuit de la poésie organisée ce printemps par Radio-Canada pour «Plus on est de fous, plus on lit».

©Photo: gracieuseté

CULTURE. Le choix du cinéaste Yves Langlois pour la réalisation d’un documentaire sur les 50 ans de carrière artistique de Raôul Duguay allait de soi de l’avis même du principal intéressé.

:«Yves est un être marginal, tout comme moi, mais c’est aussi un cinéaste de talent dont le travail a été présenté dans de nombreux pays et récompensé par une vingtaine de prix», rappelle M. Duguay, lors d’un entretien téléphonique avec <I>L’Avenir & Des Rivières<I>.

Il faut rappeler que les deux hommes se connaissent depuis plusieurs décennies et se sont liés d’amitié il y a 27 ans lorsque Langlois a choisi de s’établir dans le village de Saint-Armand, où Duguay avait pris racine une vingtaine d’années plus tôt.

«J’ai connu Raôul alors que j’étudiais en arts et lettres au cégep Édouard-Montpetit tout en étant directeur de la télévision étudiante. Nous l’avions invité pour un débat philosophique avec le jovialiste André Moreau, ancien professeur de philo tout comme lui. Raôul n’a pas mis de temps à rallier le jeune public qui assistait à la rencontre pendant que l’autre professeur se défilait discrètement vers la porte», résume M. Langlois.

Culture commerciale

Raôul Duguay rappelle que le projet de film documentaire a pris naissance il y a une quinzaine d’années sans jamais pouvoir se concrétiser.

«Radio-Canada l’a accepté trois fois… et refusé deux fois!», précise-t-il.

Ce dernier déplore le sort réservé aux artistes engagés ou qui évoluent en marge du cinéma commercial.

«Un gars comme Jean-Pierre Lefebvre est pénalisé parce qu’il n’y a pas de sang ou de vitesse dans ses films. On le tasse, on le met de côté, alors qu’on était prêt à lui ériger une statue il y a moins de 40 ans. Les créateurs comme Lefebvre ou Langlois n’ont plus la liberté de concevoir le temps et l’espace – sur un écran –comme ils le désirent. On en est rendu au point où ce sont des fonctionnaires qui viennent nous dire comment écrire un scénario pour obtenir une subvention», ajoute M. Duguay, d’un ton amer.

Cet ardent défenseur de la langue française déplore également le fait que les stations de télévision francophones du Québec accordent de plus en place à la chanson anglaise. L’émission La Voix, dit-il en est un bel exemple.

«Pouvez-vous me nommer une station de télévision anglophone où la chanson française occupe une place aussi importante? Inutile de chercher, vous n’en trouverez pas», renchérit-il.

L’artiste de 78 ans va même jusqu’à dire qu’un génocide culturel se prépare…

«Je crains que la culture québécoise finisse par être avalée ou écrasée par le rouleau compresseur américain. Ce serait une perte pour l’humanité», poursuit-il.

Raôul Duguay serait-il devenu pessimiste ? Oui et non!

«Philosophiquement, je suis optimiste, mais il y a une part de désespoir en moi. Cela dit, je ne vais jamais lâcher l’espérance, car c’est ça qui me donne encore le goût de lutter. Des batailles ont été perdues, mais la guerre n’est pas finie!», affirme-t-il d’un ton résolu.