Congédiement de Michel Therrien: le cycle de vie d'un coach

La chronique hockey de Martin McGuire

Publié le 21 février 2017

Michel Therrien

©PC

Le geste posé la semaine dernière par Marc Bergevin, congédier son entraîneur Michel Therrien, est probablement le plus difficile à poser pour un directeur général.

Il est difficile d'en arriver à une telle décision, même si parfois les divergences d'opinions sont profondes. Ce qui n'était peut-être pas le entre Bergevin et Therrien. Ceci dit, les hommes de hockey, que ce soit dans la LHJMQ, les circuits mineurs ou la LNH, travaillent dans une toute petite bulle fermée, souvent loin des leurs et isolés du reste du monde.

Ces gens vivent les victoires, la frénésie, l'ivresse ensemble tout comme le déchirement, la déception et la déprime. C'est ardu. Il faut y être préparé. Therrien et Bergevin y étaient préparés.

Quelques jours à peine avant d'être remercié, Michel Therrien commentait le départ de Claude Julien de Boston et disait, après avoir fait les éloges nécessaires envers Julien:

«Ça fait partie de notre travail.»

À ce moment, il ne savait pas que sept jours plus tard il devrait sortir ses effets personnels de son bureau de Brossard pour laisser les tiroirs et étagères libres à Claude Julien.

Probablement que lorsque Michel Therrien affirmait que cela faisait partie du métier de se faire congédier, il ne doutait pas qu'il aurait à subir le même sort. Les entraîneurs croient toujours qu'ils ont une chance de tourner les choses de bord, comme on dit chez nous, replacer l'équipe sur le sentier de la victoire, créer à nouveau un lien de confiance avec les joueurs.

Jusqu'à la dernière seconde, les entraîneurs qui font des sacrifices énormes pour coacher dans la meilleure ligue au monde y pensent. Ils sont indestructibles jusqu'à ce qu'on leur dise «remets-moi ta passe magnétique, laisse les clés sur le bureau, c'est terminé».

Sur le plan pécuniaire, les coachs de la LNH font partie d'une rare classe de citoyens. Ce n'est pas un drame pour ces gens de perdre leur emploi. C'est dur pour leur ego, dur émotionnellement, mais ça n'a rien à voir avec un travailleur d'usine qui se retrouve au chômage avec deux enfants à la maison, une hypothèque à payer et des créanciers qui attendent un montant d'argent chaque mois.

Les Therrien, Julien et Vigneault, s'ils ne sont pas trop bêtes financièrement, peuvent assurer la pérennité non seulement d'eux-mêmes et de leur famille et peut-être un peu de leurs descendants.

La bulle crée une proximité entre les individus. Les émotions vécues peuvent les rapprocher ou amener des déchirements. La victoire ou la défaite, c'est la réalité de ces hommes-là. Les entraîneurs s'investissent tellement, les heures de travail sont si longues, qu'ils en viennent pour la plupart à négliger leurs proches. C'est un travail gratifiant pour ceux qui le pratiquent, mais pour la famille et les proches, ça demande énormément de sacrifices.

Lorsqu'arrive la journée où on vous dit que c'est terminé, c'est là que c'est difficile. Heureusement pour Michel Therrien, il avait déjà vécu ça à Montréal et Pittsburgh.

Après avoir entendu les commentaires et les confidences de plusieurs d'entre eux, les entraîneurs remerciés, ils vous diront que c'est le lendemain matin que ça fait mal. La journée même, c'est un peu l'adrénaline qui s'occupe d'engourdir le mal. Le lendemain, c'est se lever, déjeuner et ne plus rien avoir à faire du reste de la journée. C'est ça qui leur fait mal. S'éloigner de cette compétition qui les tient en vie. Ces gens-là carburent à la drogue la plus sournoise: l'adrénaline. C'est dur à faire partir de son sang!

En fait, les coachs n'oublient jamais ces poussées de stress positif qui les amènent à se dépasser et à forcer les autres à se dépasser. C'est pour ça qu'être congédié, ça fait mal. Le portefeuille n'en souffre pas, mais l'âme en prend pour un coup. L'expérience vient atténuer tout ça. Après un certain nombre d'années dans ce business, les entraîneurs se rendent compte que ce n'est pas toujours de leur faute. Ils se remettent en question et quand ils sont appelés, ils ressortent le bon vieux livre de recettes avec les pages jaunies et la reliure qui ne tient plus qu'avec un élastique, agrippent le sifflet et les patins et amènent la famille dans une autre ville avec les mêmes promesses: amener une équipe à un championnat. C'est leur vie.

Claude Julien est maintenant le locataire du grand bureau réservé à l'entraîneur-chef, à Brossard au centre d'entraînement, et à Montréal près de la patinoire du Centre Bell. Il a la combinaison et la passe magnétique et malgré un contrat béton de cinq ans et 25 millions $, Claude, comme Michel, comme Alain et comme Guy, sait qu'un jour, il devra lui aussi laisser les clés sur le coin de la table et partir.

C'est ça coacher.

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