Un Bedfordois met au point un déshumidificateur moins énergivore

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Par Claude Hebert
Un Bedfordois met au point un déshumidificateur moins énergivore
Jean-Paul Pilon conçoit et fabrique lui-même ses déshumidificateurs. On le voit ici aux côtés d’un prototype dans son atelier de Bedford. (Photo : L’Avenir & Des Rivières – Claude Hébert)

INGÉNIOSITÉ. Jean-Paul Pilon a développé un appareil de déshumidification qui devrait permettre de réduire de façon importante les dépenses énergétiques des arénas, curlings, centres aquatiques et autres édifices publics ou privés aux prises avec un excès d’humidité.

Ce Français d’origine, établi au Canada depuis 2004 et au Québec depuis 2008, soutient que les déshumidificateurs existants ont d’abord été conçus pour les pays tropicaux et conviennent mal au climat des pays européens ou nord-américains.

Son premier prototype, conçu et fabriqué en 1998, a bénéficié de nombreuses améliorations au fil des ans et semble promis à un brillant avenir.

«Je dispose de trois modèles répondant à tous les besoins. Mes machines fonctionnent à des températures de quatre à trente degrés Celcius et dans un contexte d’humidité relative de 80 % à 50 %. Le petit déshumidificateur permet d’enlever 50 litres d’eau par jour et le plus gros, 250 litres par jour», précise M. Pilon.

Consommation d’énergie

Outre son efficacité, le déshumidificateur de cet expert en climatisation et en réfrigération a la réputation d’être moins énergivore que les appareils traditionnels tout en permettant de restituer l’énergie électrique consommée sous forme d’énergie calorifique. Il peut donc au besoin remplacer un système de chauffage conventionnel.

«Mon appareil consomme trois fois moins d’énergie que les produits nord-américains et deux fois moins que les produits européens pour les mêmes résultats», signale l’inventeur bedfordois.

Ce dernier a soumis une demande de brevet en février 2018 et vient tout juste de faire valider les performances énergétiques de son déshumidificateur par l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

«Devant l’incrédulité des gens, j’ai décidé de faire valider mes données par un observateur indépendant. Mon appareil a été testé pendant quatre jours – du 30 octobre au 3 novembre – dans une chambre climatique de l’Université», ajoute-t-il.

Gelareh Momen, professeur au département de recherches appliquées en ingénierie et directrice de recherche à l’UQAC, reconnaît qu’elle ne connaît pas les autres appareils sur le marché, mais confirme que le déshumidificateur testé à Chicoutimi fonctionne très bien.

Elle ajoute que son équipe a fait des essais à diverses températures variant entre cinq et vingt degrés Celsius, dans un contexte d’humidité relative de 56 % à 70 %.

«Nous avons notamment pu prélever 10 kg (10 litres) d’eau en deux heures à 15 degrés Celsisus et à une humidité relative de 70% pour une consommation de 4,5 kW. En appliquant ces données sur une période d’une journée, on en arriverait à des résultats similaires à ceux de M. Pilon», résume-t-elle.

Clients potentiels

Jean-Paul Pilon estime que son invention a un grand potentiel de commercialisation, car l’excès d’humidité est souvent la cause d’inconfort, de dégradation hâtive des structures et des revêtements muraux, de développement de champignons et microorganismes indésirables.

Il estime par ailleurs que son produit devrait particulièrement intéresser les entreprises et organisations publiques d’Europe et des États-Unis, qui doivent composer avec des tarifs d’électricité élevés.

«Le coût du kilowatt est relativement bas au Québec et en Norvège (autour de 0,06 $ du kilowatt heure), mais nettement plus élevé en France (0,20 $ / kW), en Suisse (0,30 $ / kW) et en Californie (0,36 $ / kW)», explique-t-il.

Le Bedfordois d’adoption a installé en 2000 un premier exemplaire de son invention dans les environs de Sancerre, en France, et séjourne actuellement dans cette même région en vue de l’installation d’un appareil similaire dans une église.

«Les églises, châteaux et autres bâtiments patrimoniaux ne sont pas exempts de problèmes d’humidité», prend-il soin de rappeler.

L’inventeur s’approvisionne en pièces aux États-Unis, mais est également en contact avec un fournisseur de l’Ontario.

« Les pièces entrant dans la fabrication de mon déshumidificateur sont rares et je dois me conformer à ce qui existe sur le marché. J’envisage cependant la possibilité de faire fabriquer les pièces essentielles sur mesure, selon mes spécifications», ajoute-t-il.

L’inventeur cherche également des partenaires d’affaires, sachant très bien qu’il lui sera impossible de répondre à une demande sans cesse croissante.

«Il doit bien y avoir près de 500 arénas au Québec. Or, j’estime que 80 % des déshumidificateurs de ces complexes sportifs sont obsolètes et devront être remplacés dans les cinq prochaines années. Il va sans dire que je ne pourrai jamais suffire à la demande», explique-t-il.

 

EXPERT EN ÉQUIPEMENTS VINICOLES ET BRASSICOLES

Jean-Paul Pilon est également connu dans sa région d’adoption à titre de fournisseur d’équipements vinicoles, cidricoles, brassicoles et de distillation en acier inoxydable.

«C’est Charles-Henri de Coussergues, copropriétaire du vignoble de l’Orpailleur, qui m’a convaincu de m’établir dans Brome-Missisquoi en raison de la présence de la Route des vins», signale l’homme de 61 ans.

Ce dernier vivait auparavant en Colombie-Britannique, depuis 2004, où il avait mis sur pied la Okanagan Winery & Cider Supply Furniture (OWC).

«J’ai vendu des réservoirs, pressoirs, étiqueteuses et autres produits pour l’industrie vinicole partout au Canada, aux États-Unis et au Mexique. J’achète les équipements en Europe et les revends ici», résume-t-il.

M. Pilon aimerait éventuellement se départir de la division vinicole de son entreprise pour concentrer ses énergies sur la fabrication de prototypes de systèmes de déshumidification.

«Dans cinq ans, j’aurai vendu OWC et je me consacrerai à des projets d’expérimentation en gestion et utilisation d’énergie», ajoute-t-il.

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