Alain Lacoste: le cordonnier qui va à contre-courant

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Par Eric Patenaude
Alain Lacoste: le cordonnier qui va à contre-courant
Après deux décennies comme cordonnier à Bedford, Alain Lacoste reprend du service à Dunham. Son atelier ouvrait le 9 janvier dernier. (Photo : L'Avenir & Des Rivières - Ghyslain Forcier)

MÉTIER. À l’écart pendant quelques années à cause de problèmes de santé, Alain Lacoste retrouve ses marteaux, chevilles et autres outils de cordonnerie. Cet ancien cordonnier de Bedford s’est trouvé un pied-à-terre sur la rue Principale à Dunham. Un véritable retour à ses anciennes amours pour ce défenseur d’un métier traditionnel en perte de vitesse. 

Terrassé par un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2010, ce qui l’a mené au repos forcé pendant neuf mois, Alain Lacoste s’est lentement relevé, au point de reprendre le boulot en 2011.

Puis, deux ans plus tard, des ennuis de santé l’accablent encore une fois. «Je n’étais plus capable, tout a complètement lâché», glisse-t-il, derrière le comptoir de son nouvel atelier. Il devra à nouveau déposer les outils, cette fois pour un an.

Puisque «de recommencer une business prend beaucoup d’énergie», le deuil s’installe dans l’esprit du cordonnier, «un deuil amer», prend-il le soin de préciser.

«Je reviens pour faire le métier que j’aime. Je vais m’assurer, avant de partir, de transmettre mon savoir.» – Alain Lacoste

Pour gagner son dû, il travaillera ensuite dans deux quincailleries. «En travaillant pour d’autres, je me suis rendu compte que je me remettais en forme, mais c’était plus difficile, relate-t-il. Ma passion, je l’avais toujours dans le fond de la tête.»

Peu de temps après avoir hérité de quelques outils, un moulin, entre autres, le voilà qui replonge, avec une audace bien sentie.

Réparer au lieu d’acheter du neuf

Le cordonnier est installé sur la rue Principale depuis cinq semaines. Il prépare sa page Facebook, pour en faire un outil de promotion, mais aussi d’éducation auprès de sa clientèle. De retour dans un atelier, Alain Lacoste a le sentiment d’apporter quelque chose à sa communauté. «C’est plus personnel, on est en contact direct avec les gens. C’est un travail qui s’inscrit dans le collectif.»

Ce métier traditionnel a encore sa place en cette ère de surconsommation, croit le cordonnier de Dunham. Il est question de prolonger la vie des souliers, pour éviter de les retrouver au dépotoir. Le sexagénaire compte continuer d’offrir ses conseils à ceux qui franchissent le pas de sa porte, toujours dans le but d’étirer l’existence des biens.

Moins de cordonniers

Si la pertinence du métier persiste, ceux qui le pratiquent se font de plus en plus rares. «Il y a un manque de cordonnier flagrant au Québec», souligne Alain Lacoste, tout en jetant en partie le blâme de cette régression sur le fait que le cours de cordonnerie se retrouve de moins en moins au programme des écoles de formation. «Tout ça cesse au mauvais moment. Les plus vieux prennent leur retraite, et la relève n’est pas là, estime-t-il. L’éducation, ce n’est pas seulement de former des gens en technologie, qui travailleront chez Ubisoft par exemple. Les métiers traditionnels ont encore leur place», lance-t-il comme message.

Résidant toujours à Bedford, l’artisan entend y aller à son rythme, sans compromis. «Certains feront des affaires que pour l’argent. Moi, j’en fais assez pour vivre. Je fais ce que j’aime. C’est ce qu’il y a de plus important.»

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