La chaleur intense de cet été plaît aux vignerons

Photo de Stéphanie MacFarlane
Par Stéphanie MacFarlane
La chaleur intense de cet été plaît aux vignerons
Contrairement à d’autres cultures, la vigne se porte mieux lorsqu’il fait chaud et que les pluies sont rares. (Photo : L'Avenir et des rivières - Stéphanie Mac Farlane)

VINICULTURE. L’été exceptionnellement chaud que l’on connaît a donné des sueurs à certains producteurs maraîchers et agricoles, mais les vignerons de Brome-Missisquoi, eux, sont ravis. Ils espèrent maintenant que Dame nature ne leur réserve pas de surprise d’ici les vendanges afin de consolider la bonne récolte qui s’annonce.

«Le rendement et la qualité vont vraiment bien. Mais ça a le temps de changer jusqu’aux vendanges, prévient Anne-Marie Lemire, copropriétaire du vignoble Léon Courville, vigneron. On se croise les doigts! On dit que l’été est gage de quantité et que l’automne est gage de qualité.»

Même son de cloche du côté du vignoble L’Ardennais, situé à Stanbridge East. «On va toucher du bois, mais pour l’instant, c’est excellent», indique le copropriétaire Pier Cousineau.

Ce que les vignerons souhaitent pour les prochaines semaines? «Des nuits fraîches et des journées sèches et pas trop chaudes», lance Anne-Marie Lemire. Pour sa part, Pier Cousineau aimerait que les vendanges ne se déroulent pas en pleine canicule et désirerait avoir du temps sec dans les prochaines semaines. «La température sèche va faire sortir le terroir et les nutriments», dit le vigneron qui travaille dans un sol d’ardoise.

Maladies

Si la pluie n’a pas été très présente au cours des dernières semaines, l’humidité a causé un certain stress aux producteurs de vins. Les vignerons sondés par L’Avenir et des rivières ont abondamment surveillé l’émergence des maladies en raison de l’humidité fortement présente. Et la bataille n’est pas encore gagnée.

Barbara Jimenez Herrero, oenologue et directrice générale du vignoble Domaine des Côtes d’ardoise, à Dunham, se croise les doigts pour qu’il n’y ait pas trop d’épisodes de pluie prochainement. «S’il pleut à ce moment-ci, ce serait catastrophique. Le sucre devient de plus en plus présent dans le raisin. S’il y a trop de pluie, le raisin craquera, ce qui pourrait amener des maladies», explique-t-elle.

Parmi les maladies à surveiller, Barbara Jimenez Herrero craint particulièrement l’oïdium de la vigne, appelé aussi la maladie du blanc, une maladie fongique. «C’est un défi de s’en occuper. Au Domaine, on travaille le plus proche du biologique qu’on peut être tout en se laissant une porte ouverte si la maladie frappe trop», précise Barbara Jimenez Herrero.

Contrairement à d’autres cultures, la vigne se porte mieux lorsqu’il fait chaud et que les pluies sont rares. Leur développement racinaire leur permet de s’abreuver en eau dans les profondeurs de la terre. «La vigne est capable d’aller chercher ce dont elle a besoin dans le sol», mentionne Mme Jimenez Herrero.

Seules les jeunes vignes doivent être irriguées. Les chaleurs du début juillet ont surpris le vignoble Léon Courville, vigneron, situé à Lac-Brome. Entre 4000 et 5000 jeunes vignes avaient été plantées en juin. «Elles avaient besoin d’être irriguées. On a été pris de court. On s’en est bien sortis. On a pu agir assez rapidement», dit Anne-Marie Lemire.

2018, une bonne saison?

Malgré l’optimisme actuel démontré par les vignerons, Anne-Marie Lemire n’ose pas trop se prononcer quant à la qualité du millésime 2018. «C’est difficile à dire. En 2016, on a eu un beau millésime. Cette année ressemble un peu à 2016 où il y avait eu beaucoup de chaleur, mais un peu moins d’humidité», poursuit Mme Lemire.

«Si la température se maintient et qu’il n’y a pas de maladie, je vais pouvoir garder mes acquis. […] Techniquement, ce devrait être une année assez exceptionnelle en qualité», indique Pier Cousineau.

«Les raisins sont petits pour le moment, mais on a de belles grappes. Si tout continue comme ça, ce sera une belle année», enchaîne Mme Jimenez Herrero. L’oenologue originaire du Mendoza, en Argentine, reste toutefois à l’affût des «surprises» que la nature peut apporter. «J’ai déjà vu des récoltes être détruites par un épisode de grêles en cinq minutes», dit-elle. Ainsi, tant qu’elle n’aura pas vendangé les vignes du vignoble, elle fera preuve d’une certaine réserve.

Les vignobles de Brome-Missisquoi en chiffres

  • 22 vignobles
  • 60% de la production vinicole du Québec
  • 272 emplois directs
  • 250 000 personnes visitent la Route des vins chaque année
  • Une bouteille vendue à 17,50 $ aurait un impact économique de 155,05 $

Source : CLD Brome-Missisquoi et The economic impact of the wine and grape industry in Canada 2011

Partager cet article