Des fêtes nationales en péril?

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Par Eric Patenaude
Des fêtes nationales en péril?

Les fêtes nationales

FÊTE NATIONALE. Les célébrations de la Saint-Jean-Baptiste s’amorcent dans quelques heures un peu partout dans la région. Derrière le travail de centaines de bénévoles toutefois, un vent d’inquiétude gronde quant au futur des activités. Et les alertes lancées sur la scène nationale au cours des derniers jours résonnent jusqu’ici, a constaté lAvenir Et Des Rivières.

Les nombreuses fêtes de cette année réussissent tant bien que mal à absorber les contrecoups d’une baisse des budgets de 300 000 $ qui affecte les 20 régions de la province. Si les grilles d’activités ne semblent pas avoir souffert, plusieurs craignent toutefois que le ciel bleu tourne au gris pour l’an prochain. «Les gens du Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ) ont puisé dans les surplus cette année. En 2016, il n’y en aura plus, mais la coupure de 300 000 $ y sera toujours. Ça va faire mal aux plus petits projets, on amputera presque le quart de leur budget, constate Jean-Yves Langlois, coordonnateur à la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) Richelieu-Yamaska. Nous n’avons aucune garantie à savoir s’il y aura d’autres coupures.»

Les repas servis et les crépitements des nombreux feux de joie reposent souvent sur une imposante logistique. «Les activités sont gratuites, mais il faut payer nos professionnels, nos artistes, notre matériel. Il y a des frais minimums à débourser. Certes, le privé contribue, mais pas à la même hauteur que le public. On demande que le Québec, peu importe le gouvernement, accepte de donner 0,50 $ par habitant», soutient Luc Perron, le président de la SSJB Richelieu-Yamaska.  

Les déclarations du premier ministre Couillard, qui révélait que le climat d’austérité était loin de se dissiper, n’ont rien fait pour rassurer les responsables de la région quant aux programmations des prochaines années. «Il faut craindre énormément. Le gouvernement ne considère pas la Saint-Jean-Baptiste de la même façon que nous la percevons. Les Québécois, nous aimons fêter. Il faut faire en sorte qu’au-delà de la Fête nationale, qui remonte tout de même à 1834, on continue de forger notre culture québécoise», avance Luc Perron. Ce dernier rapporte que le budget provincial consacré cette année à la Saint-Jean-Baptiste a été ramené au niveau de 2008.   

Un montant maximum de 5000 $ peut être alloué aux rassemblements de la région, sauf pour celles désignées comme «fête régionale», comme c’est le cas à Granby. L’enveloppe totale accordée est alors bonifiée, et peut atteindre entre 14 et 15 000 $. Une somme d’environ 55 000 $ est attribuée à l’ensemble des fêtes de la région. 

Un congé avant tout?

Si le moment est propice à une pause pour plusieurs Québécois, les parcs du coin regorgent d’activités. Bien qu’il soit difficile de quantifier le flot de participants au fil des ans, ceux-ci affluent en nombre constant, estime Jean-Yves Langlois, coordonnateur à la Société Saint-Jean-Baptiste Richelieu-Yamaska.

Mais les fêtes prennent aujourd’hui une tout autre tournure qu’à une certaine époque. Le public qui prend part aux activités se diversifie. «C’est devenu quelque chose de familial. À preuve, les ventes de bières sont en chute libre, fait savoir le coordonnateur. On est loin de l’image de la grosse beuverie, d’une clientèle plus tapageuse. Ça devient comme une fête de famille. Donc pas nécessairement moins de monde, mais un public différent.»    

Des activités à saveur familiale… et apolitique

Une chose est certaine: si les célébrations rejoignent désormais davantage les petites familles, elles s’efforcent à demeurer neutres, d’évacuer toute saveur politique. «On déploie beaucoup d’efforts pour que ce soit une fête apolitique», fait remarquer Jean-Yves Langlois. «Peu importe nos allégeances politiques, il faut faire en sorte que les gens puissent célébrer. Ce n’est pas partisan», laisse de son côté entendre Luc Perron. 

Fête locale

Sainte-Brigide d’Iberville s’appuie sur une solide tradition en ce qui a trait aux célébrations du fleurdelisé. La Saint-Jean-Baptiste y est fêtée depuis 39 ans, en incluant cette année. Un comité de six personnes, mené par la présidente Liette Laroche, est en charge des activités.

L’organisation fait face à une purge approximative de 600 $ cette année dans la subvention qu’elle reçoit de la Société nationale des Québécois Richelieu Saint-Laurent, faisant passer le montant à environ 3100 $. À l’aube du quarantième, les dollars retranchés du budget forcent les organisateurs à faire certains choix. «Il faut couper certaines choses, c’est certain. C’est de l’organisation et c’est des bénévoles, ça prend de l’implication, mais nous voulons que ça continue. Et on y met la main à la pâte», laisse entendre la présidente.

Le budget total des célébrations dépasse les 30 000 $, dont une aide de la municipalité de 4000 $ et la contribution de plusieurs commanditaires. Malgré le climat, l’organisation affirme malgré tout être en mesure de boucler son année. «Ça nous réveille et ça nous secoue. Ça nous force à nous pencher sur plusieurs aspects. On doit se retrousser les manches et aller chercher plus de commanditaires», explique la présidente.

La fête, accessible gratuitement, se veut, entre autres, une fenêtre ouverte sur l’apport d’entreprises du secteur. À preuve: le feu d’artifice, présenté par Royal Pyrotechnie, basée à Saint-Pie, et les aliments qui composent le menu du souper. «C’est vraiment crucial pour nous d’encourager les fournisseurs de la région. On veut qu’il y ait des retombées à cette fête», estime la présidente Liette Laroche.  

Ce qu’ils/qu’elles ont dit…

Liette Laroche, présidente de la Fête nationale de Sainte-Brigide d’Iberville

«Il y a eu des années où la météo n’était pas au rendez-vous, alors c’est sûr qu’à ce moment-là nous pouvons être déficitaires.»

«Cette année, nous avons ramené la parade, qui est une tradition chez nous.»

Luc Perron, président de la SSJB Richelieu-Yamaska

«Ce qui est le plus à craindre, c’est que c’est une fête qui mobilise des milliers de personnes. C’est une fête citoyenne qui doit demeurer publique et non pas devenir à la remorque du privé.»  

Jean-Yves Langlois, coordonnateur à la SSJB Richelieu-Yamaska

«Nous sommes pas mal inquiets, à savoir si les prochaines fêtes auront la même ampleur.»

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