Hydro-Québec plante le décor à Sutton

Le chemin Scenic, reconnu pour ses paysages bucoliques, pourrait perdre prochainement de son lustre. JournalLeGuide.com a rencontré des résidents du secteur suttonais, en colère contre Hydro-Québec qui se prépare à ajouter plusieurs poteaux électriques, cachant ainsi la vue au panorama du mont Pinacle.

 

La société d’État a reçu récemment l’approbation du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs lui permettant de débuter les travaux de relocalisation du réseau de distribution sur une distance de 4 km, soit essentiellement sur le territoire de Sutton.

 

«Les travaux débuteront par des activités de gestion de la végétation dans les prochains jours. Chaque propriétaire, chez qui une intervention est requise, a été visité et a accordé à Hydro-Québec les autorisations nécessaires», mentionne Ginette Cantin, conseillère aux relations avec le milieu-Richelieu, dans une lettre adressée à Denis Boulanger, un résident du chemin Scenic et dont le JournalLeGuide.com a obtenu copie.

 

Mme Cantin explique également que la relocalisation de la ligne rendra le réseau plus fiable et plus accessible, «ce qui améliorera la qualité du service et réduira de manière significative les délais de rétablissement du service électrique lors de pannes». Elle mentionne également que  l’emplacement des poteaux a été soigneusement déterminé et que plusieurs mesures d’atténuation sont prévues.

 

M. Boulanger, qui demeure sur ce chemin depuis 1984, se questionne sur l’attitude d’Hydro-Québec, qui selon lui a agi sans tenir compte entièrement de l’avis des citoyens.

 

«Le conseil municipal et quelques citoyens ont été consultés avant le début des travaux, mais pas l’ensemble de la population. Et depuis ce temps-là, Hydro-Québec a changé ses plans. Notre belle route de campagne, déjà dénaturée par l’élagage d’arbres, verra une ligne électrique implantée entre la route et le panorama. C’est pourtant un attrait touristique très important», souligne-t-il.

 

M. Boulanger allègue que plusieurs résidants ont pourtant fait des suggestions à Hydro-Québec afin de réduire l’impact visuel de cette nouvelle ligne électrique.

 

«Les représentants d’Hydro-Québec ont fait semblant d’être de notre côté, mais changent leur fusil d’épaule par la suite. On préfère la facilité à la protection de nos paysages», lance-t-il.

 

Dr Michel Camirand, qui vit sur le chemin Scenic depuis 17 ans, se montre également outré par la situation.

 

«Hydro-Québec ne respecte pas sa parole en ne respectant pas le potentiel trajet alternatif qui était sur la table. Ces gens-là ne sont pas prêts à faire des exceptions, alors que quelques ajustements suffiraient pour que les citoyens ne soient pas brimés», dit-il.

 

Éric Pineault, résidant de ce secteur et président du GRAPP (Groupe de réflexion et d’action sur le paysage et le patrimoine), se montre surpris par la tournure des événements.

 

«Il faut absolument qu’Hydro-Québec consulte de nouveau les résidants. Le caractère patrimonial du chemin Scenic doit être protégé. Ça me semble être des économies de bouts de chandelles», exprime-t-il.

 

La Ville indignée
Le maire Pierre Pelland assure que la municipalité appuie les résidants du chemin Scenic dans leur bataille contre Hydro-Québec.

 

Elle a d’ailleurs demandé à la Société d’État, par le biais d’une lettre signée par Réal Girard, directeur de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire, «dans un souci de consensus et pour optimiser la préservation des vues dont bénéficient les citoyens concernés du secteur, de réviser le tracé projeté, lorsqu’il est possible de le faire sans réduire la sécurité et l’accessibilité du réseau.»

 

«Nous ne sommes pas en désaccord avec la relocalisation de la ligne électrique, car le réseau actuel est vétuste et moins sécuritaire. Mais il ne faut pas non plus négliger la préservation de la vue sur le mont Pinacle. Tout est question d’équilibre. De notre côté, nous continuerons de faire pression afin de faire entendre la voix des citoyens», allègue M. Pelland.

 

François Champagne, membre du Comité consultatif d’urbanisme (CCU) de Sutton, croit qu’Hydro-Québec ne respecte pas les conventions habituelles.

 

«La municipalité doit donner son accord et il faut que ces travaux se fassent dans le respect du schéma d’aménagement de la MRC», indique-t-il.
Richard Leclerc, candidat du Parti Québécois dans Brome-Missisquoi et résidant de Sutton, s’indigne également de cette «menace au patrimoine».

 

«Les résidants se sont pourtant montrés collaborateurs. Mais on rejette leurs opinions du revers de la main. Hydro-Québec a oublié l’importance du tourisme pour notre région», opine-t-il.

 

Un ton rassurant
Joint par JournalLeGuide.com hier, Jonathan Petit, conseiller aux relations avec le milieu, soutient que les résidants ne seront pas pénalisés par les travaux de relocalisation de la ligne électrique.

 

«Il ne faut pas oublier que ce réseau, qui dessert une centaine de clients, date d’il y a plus de 50 ans. On réaménagera donc le tout en bordure de la route, mais en s’assurant bel et bien que la vue sur les paysages soient préservés. Une évaluation environnementale a d’ailleurs été faite sur place. Et nous avons l’intention de rencontrer de nouveau la municipalité dans les prochains jours», atteste-t-il.

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