Le commerce de détail en pleine révolution 2.0 au Québec

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Par Eric Patenaude
Le commerce de détail en pleine révolution 2.0 au Québec
Selon le Bilan 2014 et perspective 2015 rédigé par le Groupe Altus Recherche Marketing

ÉCONOMIE.Le départ précipité de la chaîne Target et la faillite des bannières Jacob, Mexx et Smart Set, pour ne nommer que ces exemples, ont entraîné des secousses sismiques dans le commerce de détail au Québec au cours des dernières semaines. Le secteur est en mouvance et les joueurs de toutes tailles vont devoir s’adapter à une nouvelle tendance prisée par les consommateurs: le commerce en ligne.

Avec autant d’annonces de fermeture en si peu de temps au Québec et au Canada, est-ce que le commerce de détail traverse une période noire?

Pour le président-directeur-général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), Léopold Turgeon, c’est un concours de circonstances voire même un phénomène cyclique. Mais le patron du CQCD avoue que les annonces successives des derniers mois ont pu avoir l’effet d’une «bombe» dans l’imaginaire des gens.

«Depuis six mois, c’est assez intense en terme de fermetures. Il y en a qui arrive et il y en a qui part. Le commerce va quand même bien. Le consommateur est encore là et c’est une bonne nouvelle», indique M. Turgeon.

Selon le Bilan 2014 et perspective 2015 rédigé par le Groupe Altus Recherche Marketing, pour le compte du CQCD,  les ventes dans le commerce de détail se sont chiffrées à 109,1 milliards de dollars, l’an dernier. Une hausse de 3 milliards de dollars comparativement à 2013.

L’avènement de la technologie

Les temps changent et certains acteurs du commerce de détail viennent de s’en rendre compte alors que d’autres représentants du secteur vivent encore à l’époque de Matusalem.

«L’entrée massive des technologies et des sites transactionnels, c’est un bouleversement et ce n’est pas cyclique. Ça va aller en s’accentuant», mentionne Deny Bélisle, professeur adjoint au département de marketing de l’Université de Sherbrooke

L’univers du commerce en ligne représente environ 4 % des transactions au Canada. Ce phénomène commercial devrait toutefois connaître une progression de l’ordre de 20 % par année, allègue le professeur Deny Bélisle. «Il faut être présent virtuellement et sur les médias sociaux. Et il faut personnaliser l’offre.» «On peut survivre sans Internet, mais on perd des consommateurs et si on n’est pas sur le web, il faut compenser par autre chose.»

Aux dires de M. Turgeon, plusieurs commerces au Québec se tirent bien d’affaire en vente en ligne. Ce dernier fait notamment référence aux magasins Aldo, Simons, Dynamite et Empire.

«Des fermetures, il va en avoir encore aujourd’hui et demain. C’est juste naturel. Il faut se différencier et quand tu n’es pas capable de faire évoluer ton concept (…). Dans le commerce de détail, on est obligé constamment de se réinventer et il n’y a pas juste du mauvais dans la compétition», avoue M. Turgeon.

Vague de départs

Le commerce de détail dans les régions de l’Estrie et de la Montérégie a été durement frappé par une vague de départs d’entreprise depuis le début de 2015. Rappelons l’arrêt des activités de Meubles Denis Riel (Farnham et St-Jean) et de Meubles Gémo (Granby). Deux entités présentes dans le paysage commercial depuis plus de 40 ans.

Le secteur de l’alimentation a également été touché avec l’annonce de la mise en place d’un plan de restructuration chez le Groupe Épicia (Jardin du Mont, Marché Végétarien).

«Dans l’alimentation, il y a de plus en plus de compétition (…). Plusieurs détaillants se partagent donc la même enveloppe sans compter que Walmart est maintenant dans l’alimentation et dispose de beaucoup de ressources», explique le professeur Bélisle.

L’échec Target

Le retentissant faux pas de Target au Canada n’a pas semblé surprendre le président du Conseil québécois du commerce de détail, Léopold Turgeon. Pour le principal intéressé, l’échec du géant américain en sol canadien n’a rien d’étonnant. «Target, dès le début, a eu des problèmes d’approvisionnement et a misé sur la qualité au lieu des prix. Et l’autre problème, la compagnie a annoncé son arrivée au Canada deux ans d’avance… et ces concurrents se sont préparés.»

Le professeur adjoint au département de marketing de l’Université de Sherbrooke, Deny Bélisle, affirme que Target a fait une erreur en effectuant un «copier-coller» de son modèle américain dans le cadre de son expansion au pays. «Un Walmart aux États-Unis et au Canada, c’est très différent et Walmart l’a compris.»

Selon le professeur Bélisle, la débandade de Target au Canada pourrait refroidir l’ardeur de chaînes intéressées à venir s’établir chez nous. «La façon de s’implanter va changer. On va y aller de façon plus prudente. L’échec de Target, c’est un signal très fort qui démontre que le marché canadien n’est pas facile.»

Pour illustrer son propos, le professeur Bélisle fait, entre autres, allusion à la bannière américaine Nordstrom (vêtements, souliers, accessoires, etc.) qui a ouvert un seul magasin à Calgary, en 2014, afin de bien cerner les consommateurs d’ici. Par ailleurs, la chaîne compte poursuivre son développement en procédant à l’ouverture de cinq succursales, soit à Ottawa (printemps 2015), Vancouver (automne 2015) et Toronto (2016 et (2017).

 

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