Les ex-employés de Beaulieu Canada lorgnent le marché du travail

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Par Claude Hebert
Les ex-employés de Beaulieu Canada lorgnent le marché du travail
Six ex-employés de Beaulieu Canada ont entrepris le mois dernier une session de réflexion et de mise à niveau de leurs compétences dans le cadre du programme  ICTA.

RÉFLEXION. La fermeture de Beaulieu Canada, en décembre dernier à Farnham, a provoqué une onde de choc au sein du personnel. Les travailleurs mis à pied ont encore beaucoup de rancœur à l’endroit de leur ancien employeur, mais s’entendent pour dire qu’il leur faut maintenant passer à autre chose.

Si quelques-uns des ex-employés de Beaulieu Canada ont opté pour une retraite bien méritée, après 25, 30 ou 40 ans de travail en usine, la plupart ont accepté un nouvel emploi ou cherchent désespérément à réintégrer le marché du travail. lAvenirEtDesRivieres.com a rencontré six d’entre eux.

Un coup de massue

La fermeture de l’usine de tapis de Farnham s’est faite en deux étapes. Au printemps 2014, l’entreprise annonçait le transfert de son centre de distribution au siège social d’Acton Vale. Moins de six mois plus tard, l’entreprise décidait de mettre la clé dans la porte et cessait toute activité à Farnham.

«On l’a su la veille du congé de l’Action de Grâce, à la fin de notre quart de travail. Les employés de soir ont appris la mauvaise nouvelle à leur entrée à l’usine alors que les employés de fin de semaine ont reçu un appel téléphonique à la maison», résume une ex-employée.

Certains prétendent que la fermeture de Beaulieu était écrite dans le ciel et que les signes annonciateurs s’étaient accumulés au fil des ans. D’autres encore laissent entendre que la compagnie avait envoyé un tout autre signal, une semaine avant l’annonce de la fermeture, en procédant à l’embauche et à la formation de nouveaux employés.

«Ça fait dix ans qu’on voyait ça descendre. Ils géraient comme s’ils avaient le mandat de fermer la shop», affirme l’une des travailleuses mises à pied. «Il n’y avait pas eu d’investissement à Farnham depuis des années. Et quand on installait de l’équipement, c’était des antiquités dont personne ne voulait», soutient l’un de ses collègues.

Après une mise à pied temporaire d’une dizaine de mois, en 2008-2009, les travailleurs de Beaulieu avaient été contraints d’accepter une baisse de salaire de 10 %. Lors de la fermeture définitive de l’usine, le personnel n’avait toujours pas récupéré les pertes encourues et les taux horaires demeuraient inférieurs à ceux d’avant la convention collective de 2009.

Coup de pouce

Répondant à l’invitation du comité de reclassement, six anciens employés de la Beaulieu ont débuté le 7 avril dernier une session de réflexion et de mise à niveau de douze semaines avec l’organisme ICTA Brome-Missisquoi (Initiative ciblée pour travailleurs âgés). Six ou huit autres de leurs collègues feront de même en septembre prochain.

«Les travailleurs participants cumulent 25-30 ans d’ancienneté et leur âge varie entre 53 et 61 ans», précise le gestionnaire du programme, Jean-Marc Coulombe.

C’est la deuxième fois que ICTA intervient en Montérégie-Est dans le cadre d’une mise à pied massive. Quatorze ex-employés de l’usine Raleigh de Waterloo avaient déjà bénéficié du même programme en Haute-Yamaska.

«On est tous ici par choix, on est motivé et on va se rendre jusqu’au bout de la démarche», soutient Nicole, l’une des participantes. «Personne ne vient ici de reculons», renchérit son collègue Claude.

Mieux se connaître

Les anciens travailleurs de Beaulieu ont eu l’occasion de dresser un bilan de leurs compétences dans le cadre d’un premier bloc de quatre semaines.

«Même sans diplôme d’études secondaires, on a beaucoup plus d’expérience qu’un jeune de 17 ans. On a toujours su gérer notre maison, notre famille. L’expérience d’une vie, ça compte», indique Karen.

Son  collègue Robert ajoute que le bilan de compétences permet aux participants de «mettre des mots» sur ce qu’ils sont et devrait les aider à mieux se vendre auprès des employeurs.

Karen abonde dans le même sens…

«On ne vient pas quêter une job, dit-elle, on est plutôt là pour offrir notre expérience. C’est bien différent!»

Passer à autre chose

Le deuxième bloc du programme offert par ICTA, en collaboration avec Emploi-Québec et la SOFIE (Société de formation industrielle de l’Estrie), est d’une durée de cinq semaines. Il met l’accent sur le développement ou la mise à jour des compétences en informatique-bureautique ou en techniques commerciales/industrielles (opération d’un charriot-élévateur, identification des matières dangereuses, service à la clientèle, sauvetage en milieu de travail, etc.).

Cinq des six ex-travailleurs de Beaulieu ont opté pour le volet informatique-bureautique alors que la sixième, Éliane, a plutôt choisi le volet technique, incluant une formation de base de cariste. Le groupe a débuté son stage d’apprentissage à la SOFIE voilà deux jours.

«Ce n’est pas évident de repartir à zéro. Mais, c’est beaucoup plus stimulant de le faire en groupe parce que tout le monde s’encourage», affirme cette dernière, d’un ton enthousiaste.

Savoir se vendre

Après leur formation pratique, les anciens employés de Beaulieu retourneront à Farnham afin de se familiariser avec les techniques de recherche d’emploi… du 21<V>e<V> siècle!

«Au lendemain de la fermeture de l’usine, j’ai été convoqué pour deux ou  trois entrevues, mais ça s’est plutôt mal passé. Comme je n’avais jamais eu à passer d’entrevue par le passé, je ne savais pas vraiment quoi dire ou ne pas dire», signale Robert.

Pendant trois semaines, les participants auront l’occasion de se bâtir un curriculum vitae, puis de se familiariser avec les techniques d’entrevue et de recherche active d’emploi.

«Une ancienne employée de Beaulieu, qui avait débuté avec nous en avril, vient de se trouver un emploi. Ça démontre aux autres qu’il est possible de réintégrer le marché du travail après l’âge de 50 ans. Et ça encourage ses collègues à mettre les bouchées doubles», indique M. Coulombe.

Selon les statistiques des cinq dernières années, les gens ayant  complété leur session de douze semaines chez ICTA ont eu un taux de placement de 75 %. C’est 15 % de plus que l’objectif établi par Emploi-Québec, l’un des bailleurs de fonds du programme.

«De façon générale, l’autre tranche de 25 % est constituée de gens qui optent pour la retraite ou qui ne mettent pas en pratique les recettes que nous leur avons fournies», ajoute M. Colombe.

Le premier groupe d’ex-employés de Beaulieu doit terminer son séjour chez ICTA le 26 juin prochain. Un autre groupe lui emboitera le pas en septembre.

Un programme taillé sur mesure

. Décembre: fermeture de l’usine de Beaulieu Canada à Farnham

. Avril-juin: stage d’un premier groupe de six employés chez ICTA

. Septembre-novembre: stage d’un deuxième groupe de six employés

. Programme de réflexion et de mise à niveau des compétences

. Première étape: évaluation des  acquis/connaissances (quatre semaines)

. Deuxième étape: formation informatique ou technique (cinq semaines)

. Troisième étape: techniques de recherche d’emploi (trois semaines)

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