Sa chirurgie cardiaque retardée 5 fois

Cinq fois, Michel «Mike» Morin s’est fait dire que sa chirurgie cardiaque prévue au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) devait être reportée. Cinq fois, depuis le mois d’octobre. Poussé à bout, anxieux, la sensibilité à fleur de peau, l’enseignant veut se battre «jusqu’au dernier souffle» pour faire bouger le système de santé.

 

«Je ne suis plus là…», confie avec émotion Michel Morin. L’homme bien connu de la communauté granbyenne dépérit en attente d’une intervention chirurgicale cardiaque. Tour à tour, les 5 octobre, 15 novembre, 23 novembre, 12 décembre – et bientôt le 16 décembre – ses rendez-vous au bloc opératoire ont été reportés. «Là, on me parle du 4 janvier, mais je n’y crois pas. Je n’y crois plus», avoue-t-il.

 

Pourtant, pas plus tard que cet été, son médecin lui aurait déclaré que son cœur devait être opéré dans un délai de 3 à 6 mois. «Il ne faudrait pas que ça dépasse décembre», aurait précisé le docteur d’après ce que rapporte M. Morin.

 

Le prof de français doit subir une intervention chirurgicale cardiaque pour réparer sa valve mitrale, une membrane qui sépare l’oreillette gauche du ventricule gauche. Sa malformation cardiaque entraîne une grande fatigue qui le force, depuis un an, à consacrer sa pause du dîner à faire la sieste. À 53 ans, ce passionné de course à pied, qui affiche une excellente forme physique, parvient mal à compléter ses journées sans faire la sieste.

 

Depuis une semaine, il se trouve même en arrêt de travail. Son médecin en est arrivé à la conclusion que l’enseignant affiche un trouble d’adaptation, ainsi qu’une grande anxiété en attente de son opération. «Il fallait que j’arrête, par honnêteté envers les parents et mes élèves. Je ne suis plus capable», révèle-t-il au bord des larmes.

 

Transféré à Québec

Il a beau être diminué par sa condition physique, le patient fait du bruit. Déjà, depuis le début de la semaine, il a multiplié les appels téléphoniques à la direction du CHUS, au commissaire aux plaintes, ainsi qu’au bureau du député François Bonnardel.

 

Coïncidence ou pas, la direction du CHUS a tenu une conférence de presse, hier matin (mardi) pour faire le point. Une pénurie de perfusionnistes force l’hôpital à rediriger tous les cas non urgents à l’Institut de cardiologie de Québec.

 

Une soixantaine de patients figurent sur la liste d’attente d’après les informations transmises par le CHUS. Tous les gens transférés à Québec vont devoir s’y rendre par leurs propres moyens. «S’il faut que je fasse cinq fois le voyage à Québec en hiver, ça ne m’enchante pas bin bin», a commenté M. Morin.

 

Dr Stéphane Tremblay, directeur des services professionnels, a indiqué à l’Express qu’il fallait un minimum de trois perfusionnistes pour bien fonctionner. Or, il n’en reste plus qu’un seul pour couvrir 24h/24h, sept jours sur sept. Il s’agit d’une personne à la retraite qui a accepté de revenir aider le CHUS.

 

Un spécialiste en arrêt de travail devrait revenir en mars et un autre doit entrer en poste à l’été 2012. À l’intérieur de l’hôpital, on parle d’une crise jamais vue.

 

Selon les chiffres du ministère de la Santé, les problèmes du CHUS auraient commencé bien avant décembre. L’établissement affiche un piètre rendement en ce qui concerne la rencontre des délais en chirurgie cardiaque.

 

Pour la période d’octobre et novembre. Seulement 38% des patients ont été opérés à l’intérieur des délais. En comparaison, sept établissements qui offrent le service dépassent les 80% en moyenne, à certains endroits on affiche même des performances de plus de 90%. Seul l’Hôpital de Chicoutimi (33%) fait pire que Sherbrooke.

 

En début de semaine, l’Institut Fraser a aussi dévoilé ses données sur le temps d’attente dans le réseau de la santé. Le Québec affiche son pire rendement depuis 2003. Le temps moyen serait un délai de 19,9 semaines entre la visite d’un patient chez son médecin généraliste et son entrée au bloc opératoire.


Taux de chirurgies cardiaques réalisées dans les délais*

33% Hôpital de Chicoutimi

38% CHUS

65% Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal

71% Institut de cardiologie de Montréal

81% Hôtel-Dieu du CHUM

88% Hôpital Notre-Dame du CHUM

91% Institut Universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec

92% Hôpital Royal Victoria

93% Hôpital général juif

*Source ministère de la Santé et des Services sociaux: statistiques sur l’accès aux services médicaux spécialisés pour la période du 9 octobre au 5 novembre 2011.

 

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