Sobeys met la main sur Pétroles LUCAR

Par Gilles Berube

La chaîne d’alimentation Sobeys acquiert Pétroles LUCAR, de Saint-Jean-sur-Richelieu. Elle met ainsi la main sur huit points de vente, dont ceux de Granby et Farnham, qui afficheront progressivement les bannières Boni-Soir et Shell d’ici le printemps 2014.

Il y a 34 ans ce mois-ci que Luc Trudeau s’est lancé en affaires avec sa mère, Carmen Daudelin. À la fin de ses études, il avait travaillé un an pour la compagnie Esso pour constater qu’il avait de la difficulté avec l’autorité. Il était fait pour être à son compte. Peut-être par atavisme puisque sa mère était de la même mouture, elle qui avait été à son compte toute sa vie comme coiffeuse.

L’occasion d’acheter un garage de mécanique, situé sur la route 104, à proximité de l’autoroute 35, s’est présentée. «On a mis 5000$ chacun, on a emprunté 10 000$ à mon grand-père», raconte Luc Trudeau. Pétroles LUCAR venait de naître. Pour ceux qui ne l’ont pas deviné, la marque est formée de la contraction des prénoms Luc et Carmen.

Le commerce affiche alors l’enseigne Esso. Bientôt, l’accent est mis sur la vente d’essence et la mécanique laisse la place à un dépanneur, suivant ainsi une tendance du marché de l’essence. Puis LUCAR ouvre un deuxième point de vente à l’extrémité nord du boulevard du Séminaire, un emplacement de choix. Suivra un autre poste à essence au coin du boulevard Industriel et de la rue Saint-Jacques.

Grossiste

Actuellement, LUCAR est propriétaire de huit points de vente à Saint-Jean, Napierville, Fanham, Granby et Montréal. Elle en exploite six et en loue deux. Elle emploie environ 80 personnes. En augmentant son volume de vente, Lucar s’est doté de son propre système d’approvisionnement, devenant ainsi un grossiste et une marque pétrolière. À une époque, la compagnie fournissait une cinquantaine de commerces d’essence. Il y a encore deux mois, elle possédait trois camions-citernes pour s’approvisionner.

Pendant plusieurs années, LUCAR a aussi vendu du mazout, un créneau qu’elle a cédé à la compagnie S. Rainville en 2008. Si la compagnie est identifiée au commerce du pétrole, ses dépanneurs ne sont pas en reste. Ils n’ont rien à envier aux établissements des grandes chaînes d’alimentation.

L’idée de vendre le réseau est venue d’une suite d’événements, confie M. Trudeau. Les dépanneurs LUCAR affichent la bannière Boni Soir, propriété de Sobeys. À la fin de 2011, Sobeys a acquis 250 postes d’essence de Shell au Québec et dans les Maritimes. L’enseigne Shell est toutefois demeurée en façade des dépanneurs Boni Soir. Avec cette transaction, Sobeys poursuivait, entre autres, une stratégie de promotion croisée comme le font des concurrents.

Concurrence

Les marchés IGA, aussi propriété de Sobeys, se sont mis à offrir des promotions de Shell. M. Trudeau y voyait là une concurrence déloyale: son propre fournisseur faisait la promotion d’un concurrent. Il est allé voir Sobeys pour mettre fin à son entente sur le réseau de dépanneurs. Le représentant de Sobeys lui a alors demandé s’il ne voulait pas vendre. L’idée a fait son chemin et s’est concrétisée.

À 58 ans, M. Trudeau ne tire pas complètement sa révérence. Bien qu’il cède le fonds de commerce, il conserve la propriété des immeubles. Dans l’immédiat, trois commerces changent de bannière. Mardi matin, au lendemain de la signature de la transaction, les équipes de Shell étaient déjà sur place à Saint-Jean-sur-Richelieu pour changer tout l’affichage. Selon notre interlocuteur, l’intégration complète au réseau de Sobeys s’étirera jusqu’au printemps prochain. Pour l’heure, il sait que la chaîne exploitera elle-même les établissements de Saint-Athanase, de Farnham et de Granby. Il ne peut dire si les autres points de vente demeureront corporatifs ou s’ils seront offerts en franchise.

Cette acquisition élimine un détaillant indépendant de produits pétroliers. Il en reste peu au Québec, convient M. Trudeau en expliquant comment la vente de carburant est devenue difficile. «On se bat contre des géants», laisse-t-il tomber. Avec les années, les marges bénéficiaires ont fondu. M. Trudeau se souvient d’une époque où il dégageait une marge de 10 à 12 cents le litre. Aujourd’hui, la moyenne annuelle est plutôt de 5 ou 6 cents pour un litre d’essence à environ 1,30$, 1,35$. La marge est de l’ordre de 4%. Tout ça pour un consommateur qui est rarement content du prix à la pompe.

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