Vision du futur de l’industrie du ski

Le temps clément, les faibles précipitations de neige en ce début de saison, la hausse des coûts de production, la forte compétition au sein des stations de ski et jadis une guerre des prix. Tout n’est pas blanc dans l’industrie du ski alpin au Québec. Que réserve l’avenir pour ce secteur d’activités? De bonnes descentes vers la rentabilité ou une profitabilité difficile à atteindre? Vision du futur de la glisse québécoise avec Charles Désourdy, de Ski Bromont, et Jean-Michel Ryan, de Mont Sutton.

Par Éric Patenaude et Alain Bérubé

Depuis quelques jours, Charles Désourdy et Météo média sont de fidèles complices. Le PDG de Ski Bromont consulte les prévisions d’heure en heure. La neige naturelle tarde à arriver et les températures douces nuisent à la fabrication de la neige artificielle. Une nouvelle réalité de l’industrie du ski au 21e siècle.

 

«Le groupe Ouranos a publié deux, trois études et j’ai été surpris d’apprendre que la région des Cantons-de-l’Est serait la plus affectée par les changements climatiques. Et cette année, on voit la différence. Il y a vraiment moins de froid dans les Cantons-de-l’Est que dans les Laurentides et à Québec», mentionne Charles Désourdy.

 

Pour contourner les aléas de la météo, Ski Bromont investit et continue d’investir dans la production de neige artificielle. Un incontournable de nos jours d’après M. Désourdy. «La solution, je l’ai toujours dit lors de mes conférences, c’est carrément la fabrication de neige. Quand je suis arrivé en poste, on avait 15-20 canons. On est rendu aujourd’hui à 240 et on vise les 300 canons pour l’an prochain. Et dans notre planification à moyen terme, on peut aller jusqu’à 500. La recette…elle est là», soutient le patron de Ski Bromont.

 

Pour suivre la parade, la station bromontoise injecte des millions de dollars dans son domaine skiable. Après les 7M $ en 2011, un investissement de plus de 2M $ se réalisera au cours de la prochaine année. Un bon enneigement et des pistes accessibles de jour comme de soir. Voilà le scénario parfait pour réussir dans l’industrie du ski aux dires de Charles Désourdy.

 

«La chance que l’on a et je le répète souvent, c’est d’avoir les revenus de ski de soirée (environ 80-90 % des bénéfices de la station de ski). Grâce à ses revenus (jour et soir), on peut se permettre d’investir. Si Ski Bromont offrait juste du ski de jour, on ne serait pas rendu là.»

 

Des temps durs
Alors que Ski Bromont et ses abonnés (plus de 40 000) glissent avec le sourire, d’autres stations de la province en arrachent à l’exception de Ski Mont-Tremblant et de son domaine hôtelier (8000 à 10 000 lits).

 

«À Tremblant, ils peuvent faire des forfaits pour attirer les skieurs de semaine. Les autres centres de ski n’ont pas ça. Il n’y a personne et il y en a 50 % qui sont fermés la semaine au Québec. Nous, on est proche de Montréal et on a des skieurs de semaine. Et parce qu’on est proche de Montréal, on peut avoir du ski de soirée. C’est un mélange des deux et ça fait toute la différence.»

 

Pour le futur du ski à Bromont, Charles Désourdy n’est pas inquiet. Lors de l’entrevue, le gestionnaire a répété que le nerf de la guerre demeurait la fabrication de neiges. Une lutte contre les changements climatiques à coup de dizaines de millions de dollars pour Ski Bromont. Pas moins de 57M $ ont été investis dans la montagne en 12 ans sous l’ère de Charles Désourdy.

 

Du côté du Mont Sutton, le beau tapis blanc demeure au rendez-vous malgré les douces températures hivernales des dernières années.

 

 «L’hiver dernier, nous avons eu plus de 600 cm de neige, avec en moyenne 137 jours d’opération depuis les cinq dernières années. Nos méthodes d’enneigement sont très adéquates et notre microclimat nous aide beaucoup. Par ailleurs, notre développement se fait de plus en plus sur quatre saisons, avec entre autres la randonnée pédestre, les compétitions de course, le festival d’automne et la proximité d’Arbre Sutton», déclare Jean-Michel Ryan, directeur général de Mont Sutton.

 

Si Ski Bromont et Ski Mont-Tremblant réussissent à faire bien skier leurs affaires, on ne peut en dire autant de bon nombre de stations de ski. Sans ski de soirée, ni équipements de production de neige, l’avenir n’est pas prometteur pour ces stations.

 

«Avant que Ski Bromont soit affecté par les réchauffements climatiques, il y a beaucoup de nos compétiteurs qui vont souffrir avant nous», assure M. Désourdy.

 

Au cours des dernières années, les sites du Mont Glen, Montjoye, Shefford et Gray Rocks ont cessé leurs opérations. Et le mont Orford a été sauvé in extremis. À l’échelle provinciale, les statistiques parlent d’elles-mêmes. De 125 stations de ski à la fin des années 70, on en compte aujourd’hui 80.

 

Pas de méga projets à Mont Sutton
Après avoir célébré son 50e anniversaire avec éclat, le Mont Sutton anticipe l’avenir avec confiance. Son directeur général, Jean-Michel Ryan, soutient que cette entreprise familiale saura faire face aux nombreux défis qui se pointent à l’horizon, sans perdre de son âme.

 

«Dans 5 ou 10 ans, nous continuerons d’être un joueur important dans le domaine du ski au Québec et même au Canada. Cette station, qui mise sur l’authenticité et le contact avec la nature, a encore beaucoup de potentiel. Le Mont Sutton fait partie régulièrement de palmarès prestigieux et fait partie des coups de coeur de plusieurs chroniqueurs de ski, notamment à cause de son concept de sous-bois. La famille Boulanger, qui était d’avant-garde lors de la création de la station, a vraiment visé juste», soutient M. Ryan.
Ce dernier assure que malgré les rumeurs de vente qui perdurent depuis quelques années, le Mont Sutton gardera le cap.

 

«L’équipe en place comprend très bien la philosophie implantée par la famille Boulanger. L’identité de la montagne est bien établie. Dans nos efforts de promotion, on vend une expérience globale, complétée par le grand dynamisme de la communauté suttonaise. Les gens viennent ici non seulement pour skier, mais pour nos restaurants, gîtes d’hébergement et activités en tout genre», dit-il.

 

M. Ryan ne croit pas que la croissance du Mont Sutton passera par la mise en place de méga projets ou de guerre des prix.

 

«Chaque station de ski a sa propre stratégie. Ski Bromont réussit très bien dans son créneau. On a su s’adapter au fil des ans avec des abonnements et des promotions en ligne qui répondent aux besoins de notre clientèle, dont une passe pour les nouveaux parents et des tarifs qui s’appliquent à une partie de la montagne seulement. Internet est également davantage mis à contribution, notamment par le biais des médias sociaux», souligne-t-il.

 

Le directeur général du Mont Sutton croit ardemment que les stations de ski doivent rendre leurs installations encore plus accessibles.

 

«L’initiation au ski et à la planche à neige est plus facile qu’auparavant. Nos méthodes d’enseignement s’améliorent, avec en plus des changements apportés à la location et aux équipements», déclare-t-il.
Avec la collaboration d’Alain Bérubé.

 

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