Le CMR se penche sur les impacts des décisions du président Trump

TABLE RONDE. Le Centre sur la gouvernance sécuritaire et de crise (CRITIC) du Collège militaire royal de Saint-Jean (CMR Saint-Jean) a organisé une table ronde pour sa dernière activité de l’année académique 20242025. L’événement intitulé La géopolitique, le droit international et l’avenir – Le Canada face aux nouvelles orientations de la politique étrangère américaine a permis de mettre en lumière le climat géopolitique actuel.

Par David Fillion – Le Canada Français

Deux experts de l’Université Laval, Oliver Delas et Richard Ouellet, ont participé à l’activité avec les professeurs Elisabeth Vallet et Mulry Mondélice du CMR Saint-Jean.

En présentant leurs points de vue, en échangeant avec le public et entre eux, les spécialistes en géopolitique ont tracé un portrait général des actions faites par Donald Trump depuis son retour à la présidence américaine en janvier 2025.

Ils ont également souligné les impacts qu’ont les décisions de l’administration Trump dans l’immédiat et les risques qui en découlent. Revendications territoriales, immigration, crise économique, remise en question des institutions universitaires et judiciaires, suspension de l’aide humanitaire : ce ne sont pas les exemples qui manquaient.

” On ne peut absolument pas avoir une vision en silo. Si on prend le problème économique, si on prend [la crise] constitutionnelle et les problèmes qu’il y a dans le droit de la personne, si on prend le problème de Défense, on ne va avoir qu’une vision. Je pense que l’un a des impacts sur l’autre, et l’un peut peut-être expliquer l’autre “, souligne Oliver Delas.

Chambouler

Les professeurs ne sont pas tombés dans l’alarmisme, mais ils ont tous avancé à leur façon qu’ils trouvent plusieurs décisions du président Trump inquiétantes. Il s’agit non seulement du nombre de décisions, mais aussi de la vitesse à laquelle elles pleuvent sur le grand public.

” L’ampleur du choc que l’on ressent est réelle, mais c’est un choc voulu. C’est quelque chose qu’on retrouve dans d’autres régimes, dans d’autres moments où les régimes basculent. Il y a cette idée que si on arrose les gens suffisamment, si on leur donne suffisamment d’information simultanément, à un moment donné dans le poids ambiant, on n’a plus de capacité de réagir. Il y a cette volonté que le choc nous tétanise “, explique Elisabeth Vallet.

Le Canada n’est pas le seul pays touché par les actions du gouvernement américain. De nombreux points de repère sont aussi en train d’être brouillés sur la scène internationale. Depuis janvier, le président Trump a indiqué vouloir changer le nom du Golfe du Mexique, prendre possession du canal de Panama et du Groenland et faire du Canada le 51e État américain.

À cela s’ajoutent plusieurs doléances sur les pays de l’OTAN qui n’investissent pas assez en Défense, l’arrêt de tous programmes d’aide humanitaire américains et l’annonce de sanctions contre la Cour pénale internationale, par exemple.

” Le retrait des États-Unis à une série d’institutions […] montre que d’une certaine manière, les États-Unis disent “si la coopération internationale fondée sur le droit ne sert pas les intérêts des États-Unis comme on l’entend, nous, on fera autre chose” “, mentionne Mulry Mondélice.

Liens économiques

Le professeur Richard Ouellet a expliqué que les décisions économiques du président Trump font fi de plusieurs concepts et qu’elles amènent de l’instabilité dans le domaine du commerce. Cela s’observe aisément avec l’approche du ” doux commerce “, où le commerce est considéré comme un instrument qui facilite les relations entre nations.

” On part de cette idée-là que le commerce est un instrument d’apaisement, on part de la théorie du doux commerce, et on aboutit avec Trump, où le commerce est un bâton, le commerce est une arme. On s’en sert en disant “je n’aime pas ce que tu fais sur le fentanyl, je n’aime pas ce que tu fais sur l’immigration, je n’aime pas ce que tu fais à Taïwan, je n’aime pas ce que tu fais là ou ailleurs, alors sanctions ! Tarifs !” Le commerce a changé de nature, il appartient désormais à une nouvelle catégorie d’instrument de politique étrangère “, soutient-il.

Les experts ont expliqué qu’il est difficile de prévoir ce qui s’en vient pour la suite et que les tensions croissantes avec les États-Unis pourraient amener le Canada à renforcer ses relations et ses liens commerciaux avec l’Europe plus rapidement que prévu. La situation pourrait aussi inciter les dirigeants du pays à investir plus en Défense nationale.

M. Delas a mentionné qu’il ne croit pas que les États-Unis vont aller jusqu’à se retirer de l’OTAN malgré la politique étrangère qui se met en place. La professeure Vallet ne s’est pas gênée pour mentionner que le comportement de cette administration est comparable à celui d’un ” régime mafieux qui pratique l’extorsion “.