Les loyalistes en vedette au Musée Missisquoi

HISTOIRE. Le Musée Missisquoi à Stanbridge East consacre cet été son exposition temporaire aux loyalistes en ce 250anniversaire de l’Indépendance américaine. Différents objets, dont des vêtements, des armes et d’autres artefacts de la précieuse collection du musée, y sont présentés dans le cadre de l’exposition Le prix de la loyauté: l’histoire des loyalistes du Missisquoi. 

Le 4 juillet 1776, la Déclaration de l’indépendance est proclamée par les 13 colonies américaines. Après de longs affrontements, les militaires britanniques se retirent du territoire américain en octobre 1780. 

Les colons américains qui ont soutenu les Britanniques et ont combattu pour la Couronne vont en payer le prix. En raison des violences et des pertes matérielles qu’ils subissent, les loyalistes de l’Empire-Uni se réfugient le long du lac Champlain, de Saint-Jean à la Baie Missisquoi. Parmi eux, quelque 500 feront partie des premiers colons de la région de la baie Missisquoi comme on l’explique dans l’exposition. 

Réfugiés

Devenus indésirables dans la jeune république, les soldats fidèles au roi George III durant la Révolution américaine n’ont pu retourner chez eux et se sont retrouvés avec leur famille dans différents camps avant d’être expulsés des États-Unis en 1781. Des navires britanniques vinrent les embarquer au fort de Crown Point (NY) sur le lac Champlain pour les amener dans différents endroits au Canada.

Défiant l’autorité britannique au printemps 1784, des réfugiés américains fuient le camp du Fort Saint-Jean pour venir s’établir sur les rives de la baie Missisquoi. Une carte présentée à l’exposition montre le trajet emprunté par ces loyalistes.

Sur les rives du lac Champlain, ils construisent les premières cabanes de bois. On peut encore voir celle du forgeron Simon Lyster, à Philipsburg. C’est la plus ancienne construction de style loyaliste au Québec. 

Squatters

Ces premiers colons étaient issus des King’s Loyal Americans et du King’s Royal Regiment of New York qui étaient familiers avec la région du lac Champlain pour y avoir effectué des incursions durant la Guerre d’indépendance américaine. En s’établissant à la baie Missisquoi, ils deviennent en quelque sorte des squatteurs sur les terres de la Couronne. Ils enfreignent les directives des autorités qui veulent faire de ce territoire une zone tampon entre les seigneuries françaises du Québec et les États-Unis. Les Britanniques ne voulaient pas que les terres longeant la frontière soient peuplées d’Américains pour des raisons de sécurité.

En 1784, malgré l’interdit, plusieurs colons d’origine américaine sont déjà installés illégalement sur les rives de la baie Missisquoi. Ils refusent d’aller rejoindre les autres expatriés dans la région de Kingston.

Après de très nombreuses requêtes pour que les terres leur soient octroyées, ils obtiennent gain de cause. Une proclamation royale de 1792 vient régulariser leur situation et les terres de la Couronne sont divisées en cantons. En retour, les colons s’engagent à les cultiver et à signer le serment d’allégeance au Roi d’Angleterre.

Héritage

Des objets vieux de plus de 200 ans témoignent de l’héritage qu’ont laissé les loyalistes par leur influence sur le mode de vie, la religion, la langue, l’architecture et la colonisation des terres.

Certains de ces artefacts méritent le détour comme le bonnet de paille de Ryth Briggs datant de 1790. Elle était l’épouse de Jeremiah Spencer, du Rhode Island, qui s’était joint aux forces britanniques dans la milice de Burgoyne. La famille a dû fuir et s’est établie à Frelighsburg.

Parmi les loyalistes, certains étaient de descendance hollandaise comme Andres Ten Eyck dont la tunique rouge datant des années 1777-1780 est exposée. Elle a été conservée par ses descendants et donnée au musée.

L’exposition nous montre aussi les sabots de bois datant du 18siècle de Ten Eyck. Dans le même présentoir, on trouve un registre de comptes daté de 1792 ayant appartenu à Philip Luke. En reconnaissance de sa loyauté à la Couronne britannique, Luke s’est vu attribuer 3000 acres de terre dans un endroit connu aujourd’hui comme Philipsburg où il avait des entrepôts et un magasin.

D’autres loyalistes de la baie Missisquoi avaient des origines allemandes. Ils ont bâti en 1819 la chapelle méthodiste que l’on peut apercevoir sur la route 133, à Saint-Armand.

Le musée est ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 16h.