Former les enseignants sur le terrain: un modèle exportable en région?

ÉDUCATION. Le Centre de services scolaire Marie-Victorin (CSSMV) a récemment inauguré une nouvelle école primaire en partenariat avec l’Université du Québec à Montréal (UQAM) qui ouvrira ses portes à Brossard en 2026. Ce futur établissement scolaire de 350 élèves fonctionnera sur le modèle des hôpitaux universitaires pour lier recherche et enseignement. Ce type de projet a surtout vu le jour dans le grand centre qu’est Montréal, mais aucun en région. Pourrait-on éventuellement en voir un ici?

Plus concrètement, cette nouvelle école servira de laboratoire pour les étudiants universitaires inscrits au département de l’éducation de l’UQAM. Ainsi, ces jeunes adultes n’iront pas seulement expérimenter l’enseignement durant leur stage. Ils auront désormais l’occasion d’aller se faire la main durant toutes leurs années à l’université sans être plongés uniquement dans la théorie.

Les étudiants universitaires seront accompagnés par leurs professeurs, de même que l’enseignant de la classe primaire. Ils pourront notamment inculquer des notions de français et vivre des mises en situation où ils devront apprendre à maîtriser la gestion des émotions d’un élève. Un vrai « terrain de jeu ».

« Les élèves n’auront pas à s’inquiéter de la qualité de l’enseignement offert par les étudiants universitaires, peu importe leur année. L’expérience du terrain est précieuse et c’était une demande des deux [étudiants universitaires et professeurs]. Ça offre une expérience d’apprentissage plus directe », a fait valoir la professeure au Département d’éducation et formations spécialisées à l’UQAM, Mélissa Goulet.

Plus qu’une simple école primaire

Mme Goulet mène justement un projet de recherche qui vise à documenter le processus menant à l’ouverture de l’école, les obstacles, les facilitants rencontrés, en plus de faire un bilan de la première année de fonction. Des ressources potentiellement précieuses pour d’autres établissements scolaires intéressés.

« L’objectif, c’est de garder des traces de tout ce processus, l’élaboration et les discussions et du développement du partenariat jusqu’à l’ouverture de l’école. […] Ensuite, durant la première année, on va analyser comment cette association va prendre vie au fil des mois, planifier des pratiques collaboratives », a expliqué Mme Goulet.

Pour sa part, le directeur général (DG) du Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs (CSSVDC), Carl Morissette, voit ce projet d’un bon œil et se dit intéressé par celui-ci.

« C’est très porteur. […] Ils vont apprendre des choses [de ce projet-là]. On pourra certainement s’en inspirer nous aussi. On travaille quand même assez bien les centres de service scolaire ensemble », a affirmé M. Morissette.

La distance, un enjeu

Une initiative pareille à celle de Brossard a déjà été mise en place à Terrebonne, en partenariat avec l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Ainsi, les deux projets sont situés sur le territoire de Montréal ou en bordure de la métropole. La proximité avec les universités est donc assez facile.

Or, pour les villes des MRC de La Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi, ces établissements sont à environ une heure de route pour la plupart d’entre elles, ce qui peut avoir un impact considérable sur l’horaire des cours des étudiants universitaires, qui peuvent parfois ne rester qu’une partie de la journée dans l’école primaire. Est-ce faisable en région loin des universités? Oui, selon le DG de Val-des-Cerfs.

« Ça pourrait même se faire dans le cadre d’un éventuel pôle universitaire à Granby. Pour l’instant, on n’a pas un projet comme le CSS de Marie-Victorin dans les cartons à court terme, parce qu’on met nos énergies sur un autre [projet] avec la Chaire de recherche sur la littératie scolaire de l’Université de Sherbrooke (UdeS) », a-t-il poursuivi.

Expérience

Cette collaboration avec l’UdeS d’une durée de cinq ans en est à sa troisième année.

Rappelons qu’elle porte sur quatre objectifs spécifiques: recenser les savoirs et les pratiques existantes en français, étudier la manière dont se développent les compétences de lecture et d’écriture, documenter les conditions de mise en œuvre de certaines pratiques pédagogiques et outiller les intervenants scolaires dans ce développement de nouveaux dispositifs.

Le but est de rendre l’enseignement du français « plus intéressant » et de consolider les acquis du primaire au secondaire. « On observe surtout une perte d’appétit pour la lecture lorsque ces élèves passent du primaire au secondaire », a remarqué Carl Morissette.

Motivation

Dans le cadre de l’initiative du CSS de Marie-Victorin et de l’UQAM, les élèves du primaire pourraient se rendre occasionnellement à l’université, alors que des cours leur seront enseignés là-bas. Une mesure qui pourrait avoir des retombées positives sur ces jeunes, voire prévenir une perte d’appétit comme celle constatée en français.

« Ça permet de rendre le tout plus concret, plus accessible aussi [aux élèves par rapport au fait d’envisager l’université plus tard]. Ça peut semer cette petite semence, ce bourgeon dans la tête de certains élèves en leur disant Tiens, c’est possible de se rendre là, ça m’intéresse. Ce n’est pas insurmontable », a conclu la professeure au Département d’éducation et formations spécialisées à l’UQAM, Mélissa Goulet.