Un suivi des pontes encourageant pour la tortue molle à épines
ENVIRONNEMENT. L’Organisme de bassin versant de la baie Missisquoi (OBVBM), en association avec le Zoo de Granby, a récemment publié les résultats concernant le suivi de nidification de la tortue molle à épines dans les trois dernières années. En tout, c’est un total de 16 nids qui ont été dénombrés dans la rivière aux Brochets, un record.
Un texte de Thierry Simard
Cette étude du suivi des pontes a été mise en place en 2009 par le Zoo de Granby. Le travail de l’équipe du Zoo consiste à surveiller le comportement des femelles pendant le mois de juin. Par la suite, les chercheurs procèdent à une collecte des œufs pondus avant de les incuber artificiellement pour ensuite remettre les individus juvéniles en liberté. La survie des œufs étant un élément clé de pour la protection de l’espèce, les protéger des prédateurs et des conditions changeantes permet d’augmenter le pourcentage d’éclosion, qui est de 88 % en captivité dans les trois dernières années, comparativement à 28 % dans la nature. Depuis la création du programme de suivi des pontes en 2009, c’est un total de 2741 tortues qui ont été relâchées dans la nature par l’équipe du Zoo de Granby.
La tortue molle à épines de l’Est, de son nom scientifique, Apalone spinifera, est une espèce menacée au Québec et considérée en voie d’extinction au Canada. La rivière aux Brochets, où l’étude prend place, est un des rares sites de pontes connus de l’espèce dans la province. Caractérisée par sa carapace arrondie et souple, celle-ci peut atteindre une taille entre 12 à 24 cm pour les mâles et entre 18 et 54 cm pour les femelles. Ces dernières atteignent leur maturité sexuelle tard, plus de 15 ans après leur naissance.
Augmenter la population de tortues molles à épines reste l’objectif final du projet. Celle-ci peine à se renouveler depuis plusieurs années. Ceci est dû à plusieurs facteurs, dont la forte prédation exercée sur les œufs et la perte progressive des sites de pontes qui résulte d’une transformation des berges et de la fluctuation des niveaux d’eau provoquées par les changements climatiques. De plus, il arrive fréquemment que certaines tortues soient blessées par des hélices de bateau ou tuées à la suite d’une collision avec ce type d’embarcation.
Un sondage réalisé l’été dernier démontre que 77 % des plaisanciers qui fréquentent la baie Missisquoi ne connaissent pas la tortue molle à épines et que 94 % de ceux-ci ignoraient que l’animal était menacé. Afin de renseigner davantage la population sur la situation de l’espèce, deux agents de l’OBVBM étaient présents de juin à septembre derniers à Venise-en-Québec afin de sensibiliser la population locale à propos de la problématique. Il a également été recommandé dans les dernières années que les plaisanciers présents en bateau dans le secteur réduisent leur vitesse d’environ 10 km/h à l’intérieur d’une bande de cinq mètres à partir de la rive afin d’éviter une collision.
Le financement du suivi des pontes s’inscrit dans le cadre du projet de protection de trois espèces en péril, incluant également la tortue des bois et la salamandre pourpre. Celui-ci est subventionné par le Programme d’intendance de l’habitat des espèces en péril du Gouvernement du Canada. Même si les derniers résultats sont encourageants, le maintien de la tortue molle à épines reste précaire au Québec. En effet, ce type de suivi est menacé par la non-récurrence des programmes de financements gouvernementaux.
L’Organisme de bassin versant de la Baie Missisquoi est un des 40 organismes reconnus par le Gouvernement du Québec pour coordonner la gestion intégrée et concertée de l’eau à l’échelle du bassin versant de la baie Missisquoi. Il a notamment pour mission de protéger la qualité de l’eau et des milieux naturels et d’informer la population à propos des enjeux liés à la gestion de l’eau.
