Voir grand en faisant peu, c’est possible

ÉDUCATION. Les écoles secondaires publiques ont une fois de plus été déclassées par celles du milieu privé dans la plus récente édition du Palmarès des écoles secondaires de l’Institut Fraser/Journal de Montréal. Malgré les contraintes budgétaires imposées par Québec, des améliorations à faible coût pour améliorer le quotidien des jeunes seraient possibles, selon deux spécialistes interrogées par le Granby Express.

Mélissa Goulet (professeure au Département d’éducation et formation spécialisées à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)) a entre autres dirigé le consortium de chercheurs qui a analysé l’impact des établissements des Lab-École sur le bien-être et la réussite éducative. Ce défunt projet se concentrait sur trois axes: un mode de vie actif, l’alimentation et un bon environnement physique.

« Ce ne sont pas les bâtiments qui font de la magie. Une école qui est jolie et lumineuse, c’est agréable à exister, mais ce n’est pas elle [l’école] qui va tout changer, a-t-elle expliqué. […] Puis, au terme de l’adaptation dans ce nouveau milieu de vie scolaire, on a vraiment pu relever des bénéfices au niveau de l’engagement scolaire, mais aussi du côté du développement de l’autonomie des jeunes. […] Les enseignants ont apprécié quant à eux le sentiment d’une belle autonomie professionnelle et d’un beau développement de nouvelles compétences pour eux-mêmes. »

Lab-École, pas un monopole

La professeure à l’UQAM croit que plusieurs éléments des Lab-École seraient transférables dans les écoles secondaires, qu’elles soient publiques ou privées.

« Par exemple, du temps pourrait être libéré aux enseignants pour qu’ils puissent s’asseoir ensemble par équipe-cycle pour planifier leur année dans le but de travailler de façon collaborative entre plusieurs matières, affirme Mme Goulet. On parle plus d’une amélioration des conditions de travail plutôt que des bâtiments. Des nouvelles pratiques, ça n’a pas besoin d’être seulement appliqué à une nouvelle construction. »

Faire simple

Selon elle, le concept de l’apprentissage authentique est une option intéressante à faible coût. Cette approche pédagogique ancre l’enseignement dans des problèmes et projets du monde réel, permettant aux élèves d’explorer et de construire des connaissances de manière significative.

On parle ici de méthodes de travail simples et riches en apprentissage qui combinent plusieurs matières en même temps. Apprendre la circonférence d’un cercle dans la neige en raquette (et la calculer dans la réalité) permet également d’oxygéner le cerveau et de bouger, faire des fractions en préparant des muffins, mieux compter en faisant une épicerie avec du faux argent, bref, les possibilités sont multiples.

Un travail d’équipe au sens large

De son côté, la professeure en leadership et gestion de l’éducation à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), Andréanne Gélinas-Proulx, ne voit pas seulement une collaboration entre enseignants de différents cours, mais aussi avec les municipalités et des organismes.

« Bien que je sois basé en Outaouais, je connais certainement le Zoo de Granby. En fait, une des idées serait de construire une classe dans un de leurs bâtiments. Ça pourrait servir à faire de l’expérimentation et de l’observation, puis ça toucherait à plusieurs domaines, en même temps d’être ludique, a-t-elle admis. Les élèves se sentiraient bien parfois dans ce changement d’environnement et ils aiment aller là-bas. […] De plus, ceux-ci pourraient avoir un privilège en ayant la possibilité de suivre une formation à l’échelle parascolaire, voire travailler là-bas durant l’été grâce à cela [l’entretien et le soin des animaux notamment]. »

Équité

Les deux intervenantes voudraient que les adolescents du public et du privé bénéficient de ces innovations plutôt que les établissements scolaires plus fortunés seulement.

Mme Gélinas-Proulx mentionne toutefois qu’il faudrait aller plus loin en éliminant les critères de sélection d’élèves dans les deux paliers, ce qui permettrait une plus grande mixité sociale ainsi qu’une hétérogénéité.

« Si un jeune qui a des besoins particuliers côtoie des élèves forts, ça pourrait l’aider à s’améliorer, sans que ça tombe dans l’abus. Ainsi, ça va le pousser. […] Malheureusement, on a moins cet effet-là avec des classes qui n’ont que des élèves en difficulté [surtout dans les écoles publiques], a fait savoir la professeure à l’UQO. Pourtant, pour ceux plus forts, eh bien, le fait de côtoyer des étudiants plus faibles ne les tire pas vers le bas. Ça ne va pas leur nuire et ils ne vont pas être moins performants. »

Une mesure draconienne pourrait être appliquée pour remédier à cette situation: l’intégration des établissements scolaires privés dans le milieu public, suggère Mme Gélinas-Proulx.

« Une école privée ne pourrait plus sélectionner, mais garderait ses projets pédagogiques particuliers (PPP). Ça deviendrait des écoles alternatives publiques. […] Ça donnerait une égalité des chances pour tous, a-t-elle admis. Il faut dire qu’il y a des jeunes qui rêveraient d’être dans des programmes offerts dans le milieu privé. »