Une région divisée à l’époque
HISTOIRE. Le référendum sur l’indépendance du Québec de 1995 continue toujours de marquer les esprits aujourd’hui. Marqué par d’énormes fractures populationnelles à l’époque, de même que des ruptures amoureuses et amicales, cet événement a aussi divisé la Haute-Yamaska et Brome-Missisquoi. Les électeurs de la première région ayant voté à 53 % pour la souveraineté du Québec, ce qui est tout le contraire pour nos voisins avec 38,6 % d’appui seulement à la cause souverainiste. Retour sur les 30 ans de ce vote historique du 30 octobre 1995.
Tout d’abord, une mise en contexte s’impose. Le camp du OUI subit une défaite crève-cœur lors du tout premier référendum, le 20 mai 1980, en ne récoltant que 40,44 % des intentions de vote, comparativement à 59,56 % pour le groupe du NON.
S’en suivent quelques moments restés dans l’imaginaire des Québécois au fil des années. Parmi eux, l’infame Nuit des longs couteaux de la soirée du 4 novembre 1981. Le premier ministre canadien de l’époque, Pierre Elliott Trudeau avait comme projet de rapatrier la Constitution du Canada au pays. Elle qui était conservée au Parlement britannique, à Londres. Il souhaite donc obtenir l’aval des premiers ministres provinciaux.
Les négociations ont débuté dans une petite cuisine attenante aux locaux de la délégation fédérale du Centre des conférences du gouvernement, le matin même. Croyant à une certaine lenteur dans les pourparlers, le dirigeant de la province du Québec, René Lévesque, retourne là où était logé (à Hull). Il demande toutefois aux autres premiers ministres, tous logés à Ottawa, de l’appeler si quelque chose se passait.
Résultat? Des discussions dans son dos et une entente ratifiée par neuf provinces… sauf Québec. D’autres échecs notables ont suivi après les projets de réforme constitutionnelle de l’Accord du lac Meech (1987-1990) et celui de Charlottetown (1992).
L’espoir renaît
Revenons dans les années 1980 pendant un instant. L’option souverainiste est mise sur pause au retour du Parti libéral du Québec (PLQ) au pouvoir avec Robert Bourassa en 1985, soit cinq ans après le premier référendum. L’espoir d’un deuxième référendum renaît aux élections provinciales de 1994, remportées par le Parti québécois, qui comptait Jacques Parizeau à sa tête.
Finalement, le 30 octobre 1995, c’est une autre défaite crève-cœur pour le camp du OUI, plus que la précédente: 49,42 % contre 50,58 % pour le NON. Un écart assez mince.
Un grand intérêt dans la région
Au niveau local, deux maires avaient fait connaître ouvertement leur position sur la souveraineté: Michel Duchesneau (Granby) soutenant le OUI et Jacques Charbonneau (Cowansville) le NON. Ce dernier s’est justement réjouit sans hésitation de la victoire du NON, se félicitant “qu’en démocratie c’est la majorité qui l’emporte” et que le résultat va permettre la relance de l’économie grâce à un dollar à la hausse et des taux d’intérêt à la baisse, selon des propos rapportés par la Société d’histoire de la Haute-Yamaska (SHHY).
D’un autre côté, le député libéral provincial de l’ancienne circonscription de Shefford entre 1994 et 2007, Bernard Brodeur, croyait qu’il est nécessaire pour le gouvernement fédéral d’avoir une entente avec le Québec, citant “une dernière chance pour le Canada”. M. Brodeur craignait la tenue d’un référendum par Jacques Parizeau.
Pour les frères Pierre et Denis Paradis alors député provincial et fédéral de Brome-Missisquoi, le triomphe est considéré modeste en raison des résultats serrés du vote. L’ironie est de mise quand Pierre mentionne “qu’il y a un Bon Dieu pour le Québec et le Canada, mais faudrait pas exagérer sur les miracles”, selon une autre citation rapportée par la SHHY.
Il renchérit en lançant des flèches principalement pointées au groupe du OUI lorsqu’il avance que des leçons importantes doivent être tirées de l’expérience tumultueuse du référendum de 1995: “si on veut faire preuve de patriotisme, le faire chaque jour, et non deux semaines à tous les quinze ans, puis réunir un Québec qui est plus divisé que jamais.”
Deux MRC, deux visions opposées
Qu’en était-il dans les municipalités de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi ? La SHHY a répertorié les résultats dans chacune d’entre elles. Force est de constater que plusieurs qui votaient NON en 1980 ont basculé pour le OUI en 1995, surtout en Haute-Yamaska. Seules les municipalités de Warden, Waterloo et Saint-Joachim sont restées dans le camp du NON, malgré un intérêt légèrement grandissant pour le OUI dans les trois cas.
Parmi les localités qui ont opté pour le OUI sur ce territoire, notons la Ville de Granby (36 % en 1980, 53 % en 1995), le Canton de Granby (37,4 % en 1980, 57,8 % en 1995), Roxton Pond (32,5 % en 1980, 56,3 % en 1995), Sainte-Cécile-de-Milton (34,9 % en 1980, 56,1 % en 1995), Bromont (28,7 % en 1980, 51,8 % en 1995) ainsi que Saint-Alphonse-de-Granby (38,3 % en 1980, 64,1 % en 1995).
Brome-Missisquoi n’a pas connu la même effervescence. Les 23 municipalités de la MRC durant cette période ont tous voté pour le NON en 1980. Le portrait a peu changé en 1995, alors que trois ont surtout penché pour le OUI: Sainte-Sabine (47,9 % en 1980, 55,5 % en 1995), Brigham (41 % en 1980, 51,4 % en 1995) et Rainville (ancien territoire aujourd’hui fusionné avec Farnham; 39,6 % en 1980, 57,2 % en 1995).
Deux autres localités ont passé tout près de faire la même chose: Saint-Ignace (32,6 % en 1980, 48,2 % en 1995) et Farnham (36,1 % en 1980, 49,4 % en 1995).
Avec la collaboration de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska.
