Déversements d’eaux usées: Farnham et Bedford s’attaquent au problème

ENVIRONNEMENT. Trois municipalités de la MRC de Brome-Missisquoi figurent toujours parmi les pires du Québec au chapitre de l’intensité des déversements d’eaux usées par habitant, selon un classement établi par la Fondation Rivières.

Quelque 44 765 débordements d’eaux usées sont survenus dans les lacs et rivières du Québec entre janvier et décembre 2023. En 2022, on en avait dénombré 57 263.

« Les déversements sont moins nombreux, mais ils durent plus longtemps et se produisent de plus en plus souvent durant l’été, là où leur impact est le plus important (…) L’intensité des déversements a augmenté de 25 % entre les deux années », notent les auteurs du palmarès de la Fondation Rivières.

Municipalités sous surveillance

Farnham a connu 178 incidents de ce genre au cours de la période sous étude et se classe au dixième rang provincial pour l’intensité des déversements par habitant avec un indice de 39,2. Il s’agit d’une amélioration par rapport à l’année précédente (241 débordements et indice de 54,4)

Bedford, avec 126 incidents et un indice de 39,1, arrive au onzième rang alors que Cowansville suit au 39e rang avec 222 incidents et un indice de 18,8. (1) La situation semble également en voie de s’améliorer dans ces deux localités.

La durée des déversements fluctue par ailleurs d’une municipalité à l’autre : 2156 heures pour Cowansville, 1094 heures pour Farnham et 1079 heures pour Bedford.

Les auteurs de l’étude estiment que la normalisation des données par le nombre d’habitants permet de comparer avec plus de justesse les municipalités les unes par rapport aux autres.

Impacts des débordements

Le palmarès de la Fondation Rivières met en relief les localités ayant un problème avec les volumes à traiter et leur système de traitement des eaux.

L’organisme signale que les déversements d’eaux usées présentent une menace pour les espèces aquatiques et, plus largement, pour la biodiversité. Les déversements peuvent nuire aux espèces aquatiques en les exposant à des microbes et en les privant d’oxygène.

Les rejets affectent également les prises d’eau potable et font grimper la facture du traitement si les prises d’eau potable se trouvent à proximité des rejets.

En raison des risques d’exposition à la bactérie E. coli présente dans les eaux usées, les déversements limitent également la baignade et les activités nautiques.

Mesures correctives

De façon générale, les municipalités de Brome-Missisquoi ont commencé à remplacer leur réseau d’égouts unitaire (eaux usées et eaux de ruissellement dans une seule et même canalisation) par un réseau séparé (eaux usées domestiques/industrielles et eaux de ruissellement dans des canalisations distinctes) au cours des années 1990.

Les maires de Farnham et de Bedford, Claude Dubois et Patrick Melchior, s’entendent pour dire que la mise à niveau des infrastructures souterraines coûte une fortune et que les municipalités font ce qu’elles peuvent avec les fonds dont elles disposent.

« Les élus ne sont pas insouciants et sont les premiers à reconnaître l’importance de protéger l’environnement. Il n’est pas question pour eux de rester les bras croisés », indique M. Melchior.

Ville de Farnham

Farnham est une ville relativement âgée et son réseau d’égout n’est plus très jeune.

« Ça prend beaucoup d’argent pour corriger la situation et les municipalités travaillent fort pour obtenir une aide financière accrue du gouvernement du Québec », affirme le maire Patrick Melchior.

Ce dernier laisse entendre que les mesures correctives mises en place pour dépolluer les cours d’eau (règlement interdisant le branchement des gouttières au réseau d’égout, programme de subvention pour l’aménagement des jardins de pluie, modifications apportées aux déversoirs municipaux, etc.) commencent à porter fruit.

Les autorités municipales sont par ailleurs d’avis que la séparation des réseaux d’égouts de la rue Jacques-Cartier, au cours de la phase I (2023) et de la phase II (2024) des travaux, devrait aider à améliorer la situation de façon significative. Il en va de même pour les travaux d’infrastructures réalisés sur la rue Comeau en 20232024.

Ville de Bedford

Les débordements d’eaux usées dans la rivière aux Brochets sont également un sujet de préoccupation pour les membres du conseil municipal de Bedford. La Municipalité a déjà pris diverses mesures au fil des ans pour améliorer la situation et entend poursuivre dans cette voie.

« Le remplacement des canalisation uniques se fait graduellement au fur et à mesure que l’on refait les fondations de rue », indique le maire Claude Dubois.

« En 2024, nous avons terminé la réfection des avenues Des Pins et Plaisance. Au début du mois d’août prochain, nous entreprendrons les travaux de réfection du tronçon de la rue Dutch délimité par les rues Rix et Taylor », précise Daniel Moreau, conseiller technique à la Ville de Bedford.

Au cours des dernières années, la Municipalité a par ailleurs profité de la réfection de la rue Campbell pour y aménager une bande gazonnée avec arbres qui contribue à la rétention des eaux pluviales. Le stationnement du centre communautaire a également été refait de façon écologique et la Ville a participé au programme d’infrastructure verte pour la réduction des surfaces imperméables de la rue Massicotte.

La Ville a également modifié sa réglementation de façon à interdire l’écoulement des eaux de pluie recueillies par les gouttières dans le réseau d’égout municipal. Elle a par la suite implanté un programme de subvention pour l’aménagement des jardins de pluie avec la participation de l’Organisme de bassin versant de la baie Missisquoi.

(1) Note : les statistiques de Cowansville incluent celles d’East Farnham et les statistiques de Bedford incluent celles de Stanbridge Station.

Nombre de déversements

. Farnham : 62 en 2019, 90 en 2020, 175 en 2021, 241 en 2022 et 178 en 2023

. Bedford : 354 en 2019, 184 en 2020, 135 en 2021, 216 en 2022 et 1256 en 2023

. Cowansville : 509 en 2019, 254 en 2020, 45 en 2021, 171 en 2022 et 222 en 2023