La Bleuetière Stanbridge en quête de relève

AGRICULTURE. Fiscaliste renommé et entrepreneur accompli, -Alain -Ménard est le genre d’individu à qui tout semble réussir. Mais ses succès n’ont pas été instantanés et sont le résultat de nombreuses années de travail. À la retraite depuis janvier dernier, l’avocat agriculteur consacre maintenant tout son temps à sa bleuetière de -Stanbridge -East. Il aimerait cependant ralentir le rythme et pouvoir compter sur la complicité d’un collaborateur qui partage sa passion pour l’agriculture.

«Mon entreprise a plus d’une trentaine d’années d’existence et est bien établie. Les trois quarts des 15 000 plants de la bleuetière sont maintenant rendus à maturité et offrent un bon rendement», indique M. Ménard.

La Bleutière Stanbridge dispose également d’un équipement de pointe pour la cueillette, le tri et l’emballage des petits fruits de couleur bleue.

Le manque de relève semble cependant poser problème…

«Mon principal défi, c’est d’assurer la pérennité de l’entreprise. J’ai fait des démarches pour trouver un associé ou pour offrir la bleuetière en location, mais sans succès. Je ne suis pas quelqu’un qui lâche prise facilement et j’ai toujours espoir de trouver de la relève. Il doit bien y avoir quelqu’un, quelque part, qui a le goût de se lancer dans la culture du bleuet», ajoute le propriétaire.

Débuts modestes

Alain -Ménard habite -Stanbridge -East depuis 1984 et s’est lancé dans la culture du bleuet à petite échelle, en 1993, en s’inspirant des bonnes pratiques développées par la ferme expérimentale de Frelighsburg.

«J’ai commencé avec 200 plants, puis j’en ai ajouté 3000 de plus dans les cinq années subséquentes. À l’époque, tous les fruits étaient cueillis à la main et vendus frais dans certains marchés d’alimentation d’Outremont et de l’-Île-des-Sœurs. J’assurais la livraison de mes produits en me rendant au bureau», résume-t-il.

En 2006, l’entreprise a décidé de concentrer ses efforts sur la production de bleuets de transformation destinés à la fabrication de jus, de pâtisseries et de cosmétiques.

À la même époque, M. Ménard a procédé à l’achat d’une récolteuse usagée provenant de l’Indiana.

« J’ai été le premier Québécois à se lancer dans la cueillette mécanisée. Et comme je n’avais pas reçu de formation, j’ai eu besoin de quelques années pour apprendre à utiliser la machinerie de façon efficace », mentionne l’homme qui est notamment connu de ses concitoyens à titre d’ancien conseiller municipal de Stanbridge East.

Plantation majeure

Comme la vente de bleuets de transformation est moins rentable que la vente de produits frais, M. Ménard a décidé de grossir son exploitation agricole pour combler la différence. La ferme s’est ainsi enrichie de 12 000 nouveaux plants de bleuet en corymbe, entre 2013 et 2022, et dispose maintenant d’une superficie de 20 acres en culture.

«Cette opération a demandé beaucoup de travail. Il a fallu préparer le terrain, installer un système d’irrigation, amender le sol et mettre les plants en terre. Les jeunes plants nécessitent beaucoup d’eau, car leur système racinaire n’est pas encore très développé. Dans un tel contexte, un système d’arrosage goutte à goutte est fort utile et aide grandement à la croissance des plants», explique M. Ménard.

L’entreprise a opté pour la plantation de Duke et de Draper, deux variétés de bleuet géant qui conviennent bien à la cueillette mécanisée. Les plants ont été achetés dans l’Oregon.

Puis, en 2018, la Bleuetière Stanbridge s’est dotée d’une nouvelle récolteuse de marque Korvan en provenance du Michigan afin d’être en mesure de mieux répondre à la demande.

L’entrée en scène de nouveaux pays producteurs de bleuets la Chine, le Pérou et le Chili notamment est cependant venue mêler les cartes.

«La concurrence mondiale a fait chuter les prix du bleuet de transformation et m’a convaincu de retourner à la vente de produits frais», poursuit M. Ménard.

Tri et emballage

Le retour à la production de bleuets frais a incité l’entreprise à se doter d’une chaîne de tri et d’emballage dernier cri. Elle a également dû recruter du personnel.

«Le tri des fruits et son empaquetage requièrent une -main-d’œuvre plus importante. En haute saison, soit de la -mi-juillet à la mi-août, nous avons recours aux services de trois employés pour la cueillette et de dix autres pour le tri et l’emballage», précise le propriétaire.

Ménard peut également compter sur la collaboration de deux ou trois employés pour la taille des arbustes fruitiers en mars et avril. Des membres de sa famille lui donnent également un coup de main pour cette opération qui s’échelonne sur quatre à six semaines.

Aléas climatiques

La culture du bleuet est sujette aux caprices de Dame Température et Alain Ménard est bien placé pour en témoigner.

«Nous récoltons de cinq à six livres de fruits par plant, en moyenne, lors d’une année normale. Mais il y a aussi de moins bonnes années. En 2022, notre récolte a été affectée par la sécheresse alors qu’en 2023, le gel hivernal a brûlé les bourgeons de nos plants. En agriculture, on ne peut pas tout contrôler et on doit notamment composer avec la météo», indique M. Ménard.

L’année 2024 a été plus encourageante en termes de rendement, mais une partie de la récolte a été laissée aux champs faute d’acheteurs.

« L’invasion du bleuet de Colombie-Britannique a fait mal à plusieurs producteurs québécois », explique le propriétaire de la Bleuetière Stanbridge.