Des représentants de la communauté juive sont réinvités au défilé de la Fierté
MONTRÉAL — Des représentants de la communauté juive, ayant d’abord été exclus de l’événement phare de Fierté Montréal, sont de nouveau invités à prendre part au défilé qui se tient dimanche.
Fierté Montréal s’est récemment retrouvée dans la tourmente concernant sa posture au sujet du conflit israélo-palestinien.
Au lendemain de la démission du président du conseil d’administration «pour des raisons de nature personnelle», Fierté Montréal a dit mardi «réaffirmer son invitation à toutes les communautés à participer aux festivités».
Bernard Truong a démissionné au moment où le festival de l’organisation bat son plein.
Fierté Montréal a assuré dans un communiqué vouloir «améliorer ses processus internes de gestion des plaintes» et a présenté des excuses aux communautés juives.
Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) a confirmé dans une déclaration par courriel qu’à la suite de «discussions avec la nouvelle présidence du conseil d’administration de Fierté Montréal», les représentants de la «communauté juive institutionnelle» ont été réinvités à marcher dans le défilé de la Fierté.
Le directeur des communications stratégiques et des relations publiques du CIJA, Julien Corona, a indiqué que son organisation, et le groupe LGBTQ+ juif Ga’ava, étaient les «deux groupes réinvités».
Fierté Montréal a expliqué que la semaine dernière, à la suite de la réception de plaintes concernant des propos jugés haineux, l’organisme a indiqué vouloir refuser la participation d’organisations au Défilé, dont certaines représentent la communauté juive.
«Bien que ce n’était pas l’intention de Fierté Montréal, cette annonce a été ressentie par la communauté juive du Québec, et surtout par les personnes juives 2SLGBTQIA+, comme une volonté de Fierté Montréal de les exclure de ses événements. Cette façon de faire ne correspond pas aux valeurs d’inclusion qui guident les actions de Fierté Montréal», peut-on lire dans le communiqué de mardi.
«L’organisme s’engage à améliorer ses processus internes de gestion des plaintes pour éviter qu’une situation comme celle-ci se reproduise et que des communautés se sentent exclues de ses festivités à l’avenir», ajoute Fierté Montréal.
Fierté Montréal a dit souhaiter que chaque communauté, peu importe son appartenance religieuse, «se sente la bienvenue dans ses événements et puisse y participer de manière sécuritaire et inclusive».
«En ce sens, l’organisme tient à présenter ses excuses aux communautés juives, plus précisément aux personnes juives 2SLGBTQIA+», a indiqué l’organisation.
Le CIJA a affirmé que «la communauté juive québécoise est heureuse de pouvoir mettre cet incident derrière elle».
Caractérisation des groupes propalestiniens
Fierté Montréal avait informé Ga’ava qu’il serait exclu du défilé de la Fierté la semaine dernière, a déclaré Carlos A. Godoy, président du groupe montréalais.
Il a soutenu que Fierté Montréal avait envoyé une lettre par courriel expliquant que Ga’ava était exclu pour avoir tenu des propos haineux. Il estime que cette décision n’était pas justifiée.
La lettre citait une entrevue accordée par M. Godoy, reprise dans un article paru le mois dernier dans le Canadian Jewish News, a-t-il précisé. M. Godoy était cité dans l’article, alléguant que les groupes propalestiniens qui avaient perturbé le défilé de l’an dernier, causant un retard d’une heure, étaient «proterroristes».
«Les propos que l’on nous accuse d’avoir tenus ne constituent pas des propos haineux au sens du droit canadien ou du droit québécois», a déclaré M. Godoy.
Il a dit critiquer les militants propalestiniens qui participent aux événements de la Fierté, car il estime qu’ils encouragent la violence contre les Juifs.
Fierté Montréal et Ga’ava ont refusé de partager une copie de la lettre, et La Presse Canadienne ne l’a pas examinée.
Fierté Montréal a également refusé de répondre aux questions sur la nature des plaintes.
Samya Lemrini, membre du conseil d’administration d’Helem Montréal, qui représente la communauté LGBTQ+ arabophone, a exprimé son désaccord avec la description des militants propalestiniens par M. Godoy, soulignant que ce n’était pas la première fois qu’il les qualifiait de «proterroristes».
Elle a indiqué qu’il avait tenu des propos similaires lors d’une conférence téléphonique avec plusieurs participants au défilé de la Fierté au printemps dernier.
Des captures d’écran partagées avec La Presse Canadienne montrent qu’il a publié des commentaires dans un groupe de discussion lors de cette conférence téléphonique, utilisant les mots «Hamas» et «proterroristes» pour décrire les manifestants propalestiniens.
«Après ce qui s’est passé l’année dernière, je ne pensais pas qu’ils laisseraient Ga’ava défiler à nouveau», a déclaré Mme Lemrini.
Helem Montréal n’a pas participé à la manifestation de l’année dernière, a ajouté Mme Lemrini, précisant qu’ils avaient finalement décidé de se joindre au défilé, marchant main dans la main avec les participants juifs en signe de solidarité.
Cependant, son groupe ne participera pas au défilé cette année. Il participera plutôt à un autre défilé, «Fierté Indomptable» («Wild Pride»), qui aura lieu le même jour.
Zev Saltiel, organisateur de la section montréalaise de Voix juives indépendantes, a défendu les organisateurs de Fierté Montréal, affirmant qu’il pensait que Ga’ava avait été exclu de l’événement en raison du comportement de M. Godoy.
«En vérité, ils ne sont pas antisémites», a déclaré M. Saltiel à propos de Fierté Montréal.
Eta Yudin, vice-présidente de la section québécoise du CIJA, a salué la nouvelle décision mardi.
«L’exclusion de la communauté juive n’était absolument pas compatible avec les valeurs de Fierté Montréal ni avec nos valeurs québécoises. Nous sommes heureux de constater que nous allons tous de l’avant et concentrer notre énergie et notre attention là où la lutte est essentielle, c’est-à-dire contre la haine et la division», a déclaré Mme Yudin.
Le Festival Fierté Montréal bat son plein depuis le 31 juillet et se terminera dimanche, jour où se déroulera le défilé de la Fierté dans les rues de la métropole.
– Avec des informations de Miriam Lafontaine
