La santé des hommes mérite une plus grande coopération, selon des intervenants

OTTAWA — Le lancement prochain d’une stratégie nationale sur la santé masculine est un signe positif qui montre que le bien-être des hommes fait désormais partie des préoccupations majeures au Canada, affirment les défenseurs de cette cause, tout en avertissant qu’il ne doit pas devenir un enjeu politique partisan.

L’institut Movember pour la santé masculine et des chercheurs de l’Université de Colombie-Britannique ont exhorté le gouvernement à lancer une telle stratégie dans un rapport publié l’été dernier.

La ministre de la Santé, Marjorie Michel, prévoit de lancer une stratégie nationale sur la santé des hommes et des garçons en 2026, en collaboration avec ses collègues de plusieurs ministères, notamment ceux des Anciens Combattants, des Femmes et de l’Égalité des sexes et des Services aux Autochtones.

Catherine Corriveau, directrice des politiques et des revendications à l’institut Movember, dit que le gouvernement avait franchi une première étape importante en reconnaissant le problème.

«Les hommes et les garçons n’ont pas vraiment été pris en compte dans les discussions sur les politiques gouvernementales», déplore-t-elle.

Dans son rapport, l’institut Movember mentionnait que les hommes étaient près de trois fois plus susceptibles que les femmes de mourir prématurément par suicide. Ils rencontrent souvent d’importants obstacles pour avoir accès aux services de santé.

Selon Mme Corriveau, le Canada peut s’inspirer du Royaume-Uni et de l’Australie, deux pays qui ont lancé leurs propres stratégies en matière de santé masculine.

Le rapport sur la stratégie britannique soulignait que les hommes britanniques ont une espérance de vie plus courte que les femmes et sont plus susceptibles d’être diagnostiqués d’un cancer, d’une maladie cardiovasculaire ou d’un diabète de type 2. Trois personnes sur quatre qui se sont suicidées au Royaume-Uni en 2024 étaient des hommes.

Ce rapport britannique indiquait également que «la bonne santé n’était pas un jeu à somme nulle et que l’amélioration de la santé et du bien-être des hommes et des femmes était des objectifs complémentaires».

Le cabinet de Mme Michel dit qu’elle compte discuter de la stratégie à venir avec les députés de tous les partis de la Chambre des communes.

Le député conservateur Jamil Jivani souhaite participer aux discussions. Il a récemment envoyé une lettre ouverte au premier ministre Mark Carney pour réclamer des mesures visant à aider les jeunes hommes qui, selon lui, vivent une crise.

Une politique nationale serait une victoire, concède-t-il, si des mesures concrètes sont mises en œuvre.

Il réitère les appels en faveur d’investissements dans les soins de santé mentale et les programmes de traitement de la toxicomanie. Il veut que le gouvernement fédéral prenne au sérieux le nombre de jeunes qui ne trouvent pas d’emploi.

M. Jivani a entrepris une tournée des campus universitaires au Canada. Dans une interview accordée à la Presse canadienne en janvier, il disait espérer que cela l’aiderait à devenir «le plus grand expert du pays sur ce que les jeunes Canadiens attendent de leur avenir».

Il a ajouté qu’il serait prêt à aider le gouvernement libéral dans ses efforts pour élaborer une stratégie, si celui-ci le lui demandait.

Un porte-parole de Mme Michel a déclaré que celle-ci avait l’intention de communiquer très prochainement avec M. Jivani à ce sujet.

M. Jivani reconnaît que les réseaux sociaux peuvent également être une source d’influences négatives, en particulier pour les jeunes hommes qui se sentent isolés et sont susceptibles d’être poussés vers des espaces plus sombres par les algorithmes. Les influenceurs comme Andrew Tate, par exemple, «nourrissent souvent de la haine envers les femmes», souligne-t-il.

Mme Corriveau dit que son institut essaie d’atteindre les jeunes hommes en ligne avec des alternatives plus positives et plus saines à la prétendue «manosphère».

«Je pense que cela découle de problèmes sociétaux plus larges, qui poussent les hommes à chercher des réponses», avance-t-elle.

Elle croit qu’une approche de santé publique était nécessaire pour traiter ces problèmes.

«Ce n’est pas une question partisane», a-t-elle lancé.