Le Canada ne souhaite pas diviser le contrat visant la construction de 12 sous-marins
OTTAWA — La concurrence est féroce pour la construction de la prochaine flotte de sous-marins du Canada alors que le secrétaire d’État canadien responsable des achats de défense a déclaré que le gouvernement prévoyait de choisir une seule entreprise pour ce mandat.
L’entreprise allemande ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) est le principal commanditaire de la réunion annuelle de l’Institut de la Conférence des associations de la défense, à Ottawa. La compagnie sud-coréenne Hanwha Oceans y joue également un rôle clé, et chaque entreprise a installé des maquettes de ses sous-marins à l’hôtel Château Laurier, à l’intention des membres des Forces armées, des fonctionnaires et des ministres de passage.
Le secrétaire d’État à l’Approvisionnement en matière de défense, Stephen Fuhr, présente ce contrat de sous-marins comme une réussite, alors que le gouvernement s’efforce d’enrayer la lenteur des procédures d’acquisition, souvent synonymes de retards et de dépassements de budget.
«Ouverture, équité et transparence ont toujours été les maîtres mots de l’acquisition de la défense, et personne n’avait jamais pensé à y ajouter la notion de rapidité», a déclaré M. Fuhr, lors de son discours d’ouverture jeudi.
Il a également rejeté les récents articles de médias suggérant que le gouvernement pourrait scinder le contrat, Hanwha fournissant les navires pour la côte Pacifique et TKMS pour la côte Atlantique.
«À l’heure actuelle, nous recherchons un partenaire. Un seul», a-t-il indiqué. Il a également précisé que «la situation peut évoluer».
Le vice-amiral Angus Topshee, commandant de la Marine royale canadienne, a également été interrogé jeudi lors de la conférence sur la possibilité d’une flotte mixte.
«Pour l’acquisition de sous-marins, il est toujours plus efficace de disposer d’une flotte d’une seule classe. Pourrions-nous procéder autrement? Bien sûr», a-t-il affirmé.
Il a ajouté que le premier ministre Mark Carney avait été «très clair» lorsqu’il avait déclaré l’automne dernier que le Canada ne scinderait pas le contrat.
«Par conséquent, tant que le premier ministre ne m’aura pas indiqué le contraire, nous nous préparons à cela», a-t-il conclu.
M. Fuhr a décrit la nouvelle Agence de l’investissement pour la défense comme la solution au problème posé par le nombre trop élevé de grands ministères impliqués dans les processus d’acquisition.
«Ce vieux processus a engendré une multitude de contrôles administratifs pour réduire les risques, et nous nous sommes retrouvés à les éviter plutôt qu’à les gérer», a-t-il déclaré.
L’agence relève actuellement de Services publics et Approvisionnement Canada. M. Fuhr a indiqué qu’elle deviendra une agence autonome d’ici quelques mois, compétente pour tout achat de plus de 100 millions $, tout en précisant que ce seuil minimal sera abaissé.
Concernant le contrat des sous-marins, il a affirmé qu’il «pourrait s’agir du plus gros achat que nous ayons jamais réalisé, si nous obtenons les 12 appareils et que nous y ajoutons l’infrastructure. Ce dossier avance à une vitesse que personne n’aurait imaginée».
Des retombées au Canada
TKMS et Hanwha ont soumis leurs propositions finales au gouvernement cette semaine.
Le PDG de TKMS, Oliver Burkhard, a déclaré cette semaine à La Presse Canadienne que l’entreprise serait ouverte à une flotte mixte, mais qu’elle ne la recommanderait pas.
«Il ne faut pas sous-estimer les effets secondaires, notamment ceux liés au volet industriel», a-t-il averti.
M. Burkhard a souligné que TKMS a conclu une entente avec une entreprise québécoise pour la construction de certains segments des sous-marins au Canada, si elle remporte le contrat. Il a toutefois précisé qu’il n’est pas certain que l’entreprise augmenterait sa production locale pour une flotte de six ou huit sous-marins au lieu de 12.
Les libéraux ont déclaré que les retombées industrielles et économiques promises par les deux entreprises au Canada seront un facteur déterminant dans le choix du gagnant. La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a dit souhaiter que la production automobile fasse partie de cet ensemble final d’avantages.
Dans une déclaration écrite, le président de Hanwha Ocean, Charlie SC Eoh, n’a pas pris de position ferme sur l’idée d’une flotte mixte, affirmant que son objectif est de présenter la meilleure solution pour le Canada.
«Ce qui importe le plus, c’est que le Canada obtienne la capacité sous-marine dont il a besoin selon un échéancier réaliste, avec un excellent rapport qualité-prix pour les contribuables et un plan réalisable et durable sur plusieurs décennies», a-t-il soutenu.
La déclaration mentionnait également que Hanwha avait signé jeudi cinq nouvelles ententes avec des entreprises et des universités canadiennes pour divers travaux liés aux sous-marins. Des dizaines d’accords similaires ont été signés par les deux entreprises.
M. Burkhard a indiqué s’attendre à ce que le gouvernement canadien prenne une décision définitive concernant le contrat d’ici l’été.
