Le conflit de travail à Postes Canada porte un coup dur aux communautés du Nord
HALIFAX — Les dirigeants des communautés du Nord du Canada estiment que la grève postale commence à réduire l’approvisionnement de certains produits de première nécessité et que les enfants des régions plus éloignées pourraient ne pas recevoir de cadeaux de Noël cette année.
«Ça annule les célébrations de Noël pour de nombreuses familles et ça a également un impact sur de nombreux biens dont nous dépendons», a souligné Lela Evans, membre progressiste-conservatrice du nord du Labrador, lors d’une entrevue téléphonique lundi.
L’angajukKâk — soit le maire — de Makkovik, Barry Andersen, a rappelé que les communautés du nord du Labrador dépendent de Postes Canada pour la plupart de leurs colis, y compris certains médicaments et les couches pour enfants, car il n’y a pas de services de livraison de privés.
Selon lui, l’envoi de petits colis par avion de Happy Valley-Goose Bay, à Terre-Neuve-et-Labrador, à sa communauté du Nord coûte souvent plus cher que le prix du cadeau de Noël à l’intérieur, alors que le service de traversier vers Makkovik prendra bientôt fin pour la saison.
«Je connais une personne qui a reçu une petite boîte de Canadian Tire par avion et cette petite boîte contenant de l’équipement de hockey pour enfants aurait coûté 114 $ pour l’expédier de Goose Bay à Makkovik», a-t-il expliqué.
Jermaine Manning, mère de trois enfants âgés de 21, 13 et 10 ans, a mentionné que de nombreux résidents de Makkovik ont déjà dépensé de l’argent pour des cadeaux de Noël qui sont maintenant bloqués dans le courrier.
«En tant que mère monoparentale, j’ai travaillé très fort pour recevoir mes commandes de Noël, et ça n’arrivera tout simplement pas (…) Il y aura beaucoup de déception», a-t-elle raconté lors d’une entrevue, lundi.
«C’est difficile de sympathiser avec les grévistes dans un moment comme celui-ci (…) Lorsque des communautés éloignées comme Makkovik n’ont pas d’autres choix, c’est une chose assez pourrie à faire.»
M. Andersen a soutenu qu’il était inquiétant qu’Ottawa n’ait pas de plan de secours pour les communautés du Nord, dont les résidents ne peuvent pas facilement se rendre dans un plus grand centre pour acheter des fournitures ou des cadeaux. «Certains des grévistes (des postes) devraient être rappelés et veiller à ce que les colis soient remis en route», a-t-il déclaré.
Si les pénuries de fournitures de base sont une préoccupation majeure, il y aura aussi de la tristesse dans les communautés où seuls quelques enfants recevront des cadeaux envoyés par avion, selon Mme Evans. «Certains auront le père Noël, d’autres non, a-t-elle avancé. Les enfants se demanderont: “Pourquoi le père Noël est-il venu pour mon voisin d’à côté, mais pas pour moi ?”»
Ottawa interpellé
Natan Obed, président d’une organisation représentant 70 000 Inuits, a expliqué que chaque jour de grève qui se poursuit ajoute aux difficultés des communautés éloignées, notamment car les chèques de pension ne sont pas parvenus aux aînés. Dans certains cas, des personnes ont dû prendre l’avion vers le sud pour acheter des médicaments.
Son groupe, Inuit Tapiriit Kanatami, a envoyé des lettres au ministre fédéral du Travail, Steven MacKinnon, et au ministre des Services publics, Jean-Yves Duclos, leur demandant d’intervenir. «Il s’agit d’un service essentiel et sa perturbation a de profondes conséquences dans toutes nos communautés, et nous demandons au gouvernement fédéral de faire tout ce qui est en son pouvoir le plus rapidement possible», a fait valoir M. Obed.
Il a ajouté que la grève «met également à l’épreuve la viabilité de toutes les entreprises du Nord qui dépendent des services d’expédition de Postes Canada».
Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré lundi à Halifax que Postes Canada est essentielle aux petites entreprises des régions éloignées, mais il a mis l’accent sur une résolution négociée.
«Je continue de croire que la meilleure solution viendra à la table de négociation, mais tout le monde à Postes Canada (…) doit savoir que ça nuit aux Canadiens, aux petites entreprises et aux gens de partout au pays et met en danger la viabilité à long terme de Postes Canada en tant que service sur lequel les Canadiens comptent», a souligné M. Trudeau.
«Si vous brisez la confiance dans une institution, c’est très difficile de la reconstruire», a-t-il ajouté, précisant que son gouvernement exerce toute la pression possible sur Postes Canada pour résoudre la grève le plus rapidement possible.
«Rester là à espérer qu’un accord soit trouvé n’est pas une chose qui puisse consoler nos communautés. Ça n’aurait jamais dû se produire», a martelé M. Obed.
— D’après les informations de Keith Doucette
