Le Montréalais Luciano Frattolin reconnu coupable du meurtre de sa fille de 9 ans

ELIZABETHTOWN — Les proches et la famille de Melina Frattolin ont fondu en larmes, lundi, dans un tribunal new-yorkais, après qu’un jury a déclaré le père de la fillette coupable de l’avoir noyée et d’avoir dissimulé son corps dans un marais l’été dernier.

Un groupe de proches s’est serré les uns contre les autres tandis que le jury prononçait le verdict de «coupable» et condamnait Luciano Frattolin, 46 ans, pour meurtre au deuxième degré et dissimulation d’un cadavre humain dans le cadre du décès de Melina, âgée de 9 ans.

Debout entre ses deux avocats, Frattolin a gardé une expression neutre, secouant légèrement la tête, avant de s’asseoir. Il a été emmené menotté quelques minutes plus tard.

Michael Langey, le procureur du comté d’Essex, a indiqué qu’il était soulagé d’entendre ce verdict après une année passée à travailler sur cette affaire.

«Les grands-parents étaient là, les tantes étaient là. Ils ont dû assister à l’audience et il y avait évidemment une possibilité qu’il ne soit pas condamné. C’était donc un soulagement pour eux, et j’espère que cela leur permettra de tourner la page», a-t-il mentionné à la sortie du tribunal.

La mère de Melina, Kali Galanis, n’était pas présente dans la salle d’audience lundi. Elle n’avait pas souhaité y être au cas où Frattolin témoignerait, a expliqué M. Langey. Mme Galanis a perdu sa fille unique lorsque Melina est décédée, a-t-il ajouté.

«Elle a attendu toute la nuit que sa fille rentre à la maison, elle regardait par la fenêtre. (…) Sa fille n’est jamais rentrée, et elle a dû recevoir l’appel le lendemain lui annonçant qu’elle gisait sans vie dans un ruisseau du comté d’Essex, dans l’État de New York», a-t-il souligné.

La dépouille de Melina Frattolin a été retrouvée l’année dernière dans un marais situé dans une zone rurale de l’État de New York, partiellement recouverte par un arbre tombé, avec un gros rocher posé sur la poitrine de l’enfant.

La fillette et son père arrivaient au terme d’un voyage d’une semaine aux États-Unis lorsque Frattolin a signalé la disparition de sa fille le 19 juillet 2025.

Son corps a été retrouvé le lendemain près de Ticonderoga, dans l’État de New York, à environ 400 kilomètres au nord de la ville de New York. L’autopsie avait établi que la cause du décès était une noyade.

Frattolin avait déclaré que sa fille avait été enlevée par deux hommes qui s’étaient enfuis à bord d’une camionnette blanche, mais les enquêteurs l’ont par la suite arrêté pour le meurtre de l’enfant.

Le rôle de la technologie

Les données électroniques ont joué un rôle déterminant dans la découverte du corps de Melina et dans l’issue du procès, tant grâce aux données de localisation du téléphone et de la voiture de Frattolin qu’aux enregistrements des textos et des appels.

Au cours du procès, l’accusation a appelé à la barre plusieurs policiers et experts qui ont utilisé les données de localisation du véhicule, les données du téléphone portable et les images des caméras de surveillance pour reconstituer les déplacements de Frattolin le jour du décès de Melina et prouver que le récit qu’il avait fait aux enquêteurs était faux.

«Je pense qu’il y avait des données chaque seconde dans cette affaire. Nous pouvions voir exactement où se trouvait son véhicule pendant tout le trajet, et cela a été déterminant. […] Le fait de savoir qu’il n’était pas là où il prétendait être a largement contribué à ce que les enquêteurs cessent de se concentrer sur l’enlèvement pour se demander: “Pourquoi nous dites-vous que vous êtes ici alors que vous n’y êtes pas ?”», a déclaré M. Langey.

Les documents trouvés dans la voiture de Frattolin ont permis de prouver l’intention, élément nécessaire pour les deux chefs d’accusation pour lesquels le jury l’a déclaré coupable. Dans ces documents, Frattolin écrit des remarques désobligeantes à l’égard de Mme Galanis et mentionne son intention de mener sa fille «jusqu’au bout».

«À la lecture de ces documents, on constatait clairement qu’il y avait un plan. Il savait sans aucun doute qu’une vie allait prendre fin au cours de ces vacances, quelle que soit sa destination», a précisé M. Langey.

«Ce fut une affaire difficile», a réagi Eric Weyand, l’un des avocats de Frattolin, en sortant de la salle d’audience.

Le jury a délibéré pendant environ une heure à l’issue d’un procès qui a duré près de trois semaines.

Un seul témoin pour la défense

Plus tôt dans la journée, la défense avait clos sa plaidoirie après que Frattolin eut annoncé qu’il ne témoignerait pas pour sa défense.

«J’aimerais vraiment le faire, mais on m’a conseillé de ne pas le faire», avait-il déclaré au juge un peu plus tôt.

La défense a présenté un seul témoin. L’accusation, qui avait la charge légale de prouver ses allégations au-delà de tout doute raisonnable, a présenté plus d’une vingtaine de témoins.

Dans son réquisitoire, Brian Pilatzke, l’autre avocat de Frattolin, a passé en revue les éléments de preuve présentés au cours des trois dernières semaines afin de les faire correspondre à la version des faits donnée par Frattolin.

Il a fait valoir que les déclarations incohérentes faites par Frattolin la nuit où il a signalé la disparition de Melina étaient dues au fait que l’anglais n’était pas sa langue maternelle, ainsi qu’au stress et à l’épuisement.

Il a ajouté que la police n’avait pas fait le nécessaire pour retrouver la camionnette lorsque Frattolin avait signalé l’enlèvement, se tournant au contraire immédiatement vers lui comme suspect, et qu’elle avait négligé des éléments de preuve essentiels.

La pierre retrouvée près du corps de Melina n’a jamais fait l’objet d’analyses d’ADN, de sueur ou de sang, a-t-il précisé.

La condamnation de Frattolin est prévue pour le 14 octobre; il restera en détention provisoire. Il dispose d’un mois pour faire appel de la décision du jury.

Melina a touché le cœur des habitants de la région, a souligné M. Langey après l’annonce du verdict. Les habitants ont même baptisé en son honneur un tronçon de l’autoroute près de Ticonderoga.

«Elle n’avait vraiment aucun lien avec le comté, mais je pense que chaque fois qu’un enfant est assassiné, tout le monde a des parents, tout le monde a des enfants. (…) La communauté s’est mobilisée autour de cette affaire», a-t-il ajouté.

Il a abordé cette affaire avec la même énergie que s’il s’était agi d’un membre de la communauté, a-t-il précisé.

«Peu importe qu’elle soit originaire du comté d’Essex, de Montréal ou d’ailleurs. C’était une fillette de neuf ans qui a perdu la vie dans notre comté, je me sentais donc responsable de lui rendre une certaine forme de justice», a-t-il mentionné.