La confiance de la population face aux médias d’information s’érode

MONTRÉAL — Il y aura fort à faire pour rétablir la confiance du public envers les médias d’information.

Un rapport de recherche réalisé par les professeurs Marc-François Bernier, de l’Université d’Ottawa, et Marie-Eve Carignan, de l’Université de Sherbrooke, fait état d’un recul significatif de la confiance des citoyens envers les médias d’information québécois, leur crédibilité et celle de leurs journalistes, lorsque comparé aux résultats d’une enquête similaire menée en 2013.

Le public ne manque pas de contradictions. Ainsi, les trois quarts (76 %) des répondants disent trouver l’information à laquelle ils font le plus confiance dans les médias traditionnels, toutes plateformes confondues. Pourtant, seulement la moitié d’entre eux (50,5 % à 51 %) croient que les choses se sont passées «à peu près» comme le racontent la télé, la radio et les journaux. Pire encore, seulement 11 % à 15 % des répondants, selon le média, croient que les choses «se sont passées vraiment» comme le racontent ces trois médias. Il s’agit là de chutes combinées totalisant entre 17 et 18 points de pourcentage par rapport à 2013. 

Les autres pensent qu’il y a «pas mal de différence» avec la réalité ou que «ça ne s’est pas passé du tout» comme on le raconte, des pourcentages en hausse, mais pas autant que la proportion de ceux qui ne savent pas ou ne consultent pas les nouvelles. Ces résultats sont encore plus faibles pour internet. 

Fabricants de fausses nouvelles

Curieusement, si les trois quarts de la population s’informent aux médias traditionnels, près de la moitié (45 %) croit qu’il «arrive parfois ou souvent que les journalistes contribuent à créer et à diffuser de fausses nouvelles», le déficit de crédibilité étant le plus grand chez les répondants qui s’identifient au Parti conservateur du Québec. La proportion est quasi identique (47 %) chez ceux qui croient que c’est rarement ou jamais le cas.

Bien qu’une majorité de répondants qui connaissent un sujet traité par les médias estiment que les journalistes font preuve d’exactitude, cette majorité est bien mince, à 54 %.

La division de la population est presque parfaite quand vient le temps d’évaluer l’indépendance des journalistes face aux partis et au pouvoir politiques. Un tiers n’y croit pas, un tiers y croit et un tiers ne le sait pas. Dans la même veine, plus de 40 % estiment que le financement public des médias «incite les journalistes à être moins critiques des gouvernements», alors que 38 % estiment que «cela n’a aucune influence sur le travail des journalistes». Là aussi la division est presque parfaite si on fait abstraction de ceux qui ne se prononcent pas. Fait à noter, dans les deux cas il s’agit de chutes importantes par rapport à 2013 où 54 % les estimaient indépendants du politique. La question de l’aide financière ne s’appliquait pas à cette époque.

Au service de qui?

Le tiers des répondants seulement croit que les journalistes servent avant tout l’intérêt public, un autre tiers estime plutôt qu’ils servent d’abord l’intérêt de leur entreprise ou leur propre intérêt et l’autre tiers croit qu’ils servent ces trois intérêts. Fait à noter, Québecor est pointé du doigt par le public à cet égard alors que 43 % des répondants estiment qu’elle est l’entreprise qui utilise le plus ses journalistes pour «servir les intérêts politiques ou économiques de ses dirigeants». Radio-Canada vient loin derrière en deuxième place dans cette évaluation, avec 15 %, toutes les autres entreprises médiatiques récoltant des pourcentages insignifiants à cet égard.

Pourtant, Québecor ne se classe pas mal du tout en termes de crédibilité comparative. Bien que les médias de Radio-Canada remportent la palme avec 37 % des répondants lui accordant la plus grande qualité de l’information, ceux de Québecor se maintiennent en deuxième position avec la faveur de 20 % des répondants, suivis de La Presse (10,7 %) et du Devoir (4,8 %), une hiérarchie qui demeure inchangée depuis plus d’une dizaine d’années.

Sur une base individuelle, plus de 70 % des répondants estiment que les journalistes sont «souvent ou parfois» influencés par leurs préférences politiques dans la façon dont ils rapportent les nouvelles. Pourtant, quand on leur pose une question similaire sur les médias d’information dans leur ensemble, 44 % des répondants estiment que ceux-ci sont bien équilibrés, alors qu’un sur sept (15 %) les trouve trop à gauche et un sur huit (11,8 %) trop à droite. Près du tiers ne se sont pas prononcés.

Un chien de garde insatisfaisant

Quant à la discipline respectée ou à imposer aux médias, l’insatisfaction du grand public est palpable à l’occasion du 50e anniversaire du Conseil de presse du Québec (CPQ), le tribunal d’honneur mal aimé et malmené de la profession. 

Seulement un répondant sur quatre (26 %) croit que le CPQ, dont le pouvoir est limité à la sanction morale, soit le dispositif adéquat pour assurer que les journalistes respectent l’éthique et la déontologie liées à leur métier. Néanmoins, la moitié des gens croient que les médias «accordent de l’importance aux plaintes et aux reproches du public», contre 27 % qui croient le contraire. Par contre, 41 % croient que les médias essaient de cacher leurs erreurs, contre moins de 36 % qui pensent au contraire qu’ils acceptent de les reconnaître.

Le rapport repose sur une consultation en ligne de la firme Léger menée en avril dernier auprès de 1538 répondants, enquête d’opinion avec un échantillon non probabiliste qui ne permet pas d’établir une marge d’erreur. Il a été présenté à l’occasion de la première édition du Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer, en Gaspésie, et pour les 50 ans du Conseil de presse du Québec.