Verglas de 1998: un rendez-vous avec l’histoire pour M-105

Verglas de 1998: un rendez-vous avec l’histoire pour M-105

Gilles Dion (à l'extrême gauche) est photographié en studio aux côtés de collègues de M-105 lors de la crise du verglas, en janvier 1998. On y retrouve, entre autres, devant lui, l'animatrice Bianca Gagné et, à sa gauche, le journaliste Dominique Dion.

Crédit photo : (Photo: Courtoisie-M-105)

MÉDIA. Le 5 janvier 1998, 21h45 approximativement. Granby plonge dans le noir. Des animateurs se ruent dans les studios de la toute récente radio M-105, sur la rue Principale; elle n’existe alors que depuis six mois. Les artisans prennent les commandes des ondes pour une aventure radiophonique et humaine indescriptible. Elle durera plus de trois semaines et influencera ni plus ni moins l’histoire de la coopérative de travailleurs.

Gilles Dion fait partie des six fondateurs du média. Celui qui a mis de côté le micro il y a environ huit ans a été de ceux qui n’ont pas compté les heures afin d’informer les citoyens au moment où l’inquiétude et l’incertitude régnaient en maîtres. Il se souvient de cette période intense où, forte de l’instantanéité dont elle pouvait faire preuve, la radio était littéralement au cœur de la crise qui sévissait et du quotidien des sinistrés. Les auditeurs syntonisent en grand nombre la nouvelle fréquence 104,9, en fonction depuis août 1998. «Ils seraient venus tranquillement, sûrement, mais là, les auditeurs sont arrivés en masse», se rappelle-t-il.

Le poids des mots

Le responsable des communications pour la police de Granby, Daniel Dion, en entrevue avec le journaliste Dominique Dion lors de l’un de ses nombreux passages en studio, pendant la crise du verglas de 1998.

Numérique «mur à mur» et FM, M-105 adoptera, le temps du sinistre, un style davantage parlé, reléguant au deuxième plan la musique et le divertissement. Des voix bien connues des Québécois y résonneront en entrevue, dont le premier ministre de l’époque, Lucien Bouchard, et le chef de l’opposition officielle, Jean Charest. Le maire de Granby, Michel Duchesneau et des représentants du service de police viendront livrer les dernières nouvelles plusieurs fois par jour. Les informations sur les centres d’hébergement temporaire, la distribution de denrées ainsi que la vente de génératrices y seront par exemple reléguées à la chaîne.

«L’impact et le poids des mots étaient immenses. À chaque fois que l’on prononçait une phrase, c’était important et on n’a jamais autant parlé que durant cette crise-là», note l’ex-animateur. On rapporte la réalité des autres municipalités comprises dans le fameux triangle noir, entre Granby, Saint-Hyacinthe et Saint-Jean-sur-Richelieu, en plus de donner les dernières nouvelles quant au moment tant attendu du retour du courant. Le téléphone et les lignes ouvertes de la station ne dérougissent pas.

Garder le fort

Allant jusqu’à consoler des auditeurs en pleurs au bout du fil, Gilles Dion se souvient de la crise du verglas comme une période marquante par son intensité. Le travail colossal abattu par les employés de tous les départements, guidés par la volonté de servir la population, demeurera aussi bien ancré dans sa mémoire. Des publicités sont vendues à une heure du matin et sont lues en direct. Les journées s’étirent pour le personnel administratif, les représentants publicitaires, les sept animateurs et les deux journalistes dépêchés sur le terrain.

«On n’a pas beaucoup dormi durant cette période-là. […]Les paresseux travaillaient 15 heures par jour», lâche-t-il en riant. M. Dion relate d’ailleurs avoir fait de courtes siestes de 30 minutes dans la discothèque, question de se «reposer» entre deux animations. «Je ne peux pas croire qu’on a réussi à faire tout ça», ajoute l’homme aujourd’hui âgé de 63 ans.

De cette expérience qu’il ne pourra jamais oublier, il retient un sentiment du devoir accompli, mais surtout celui d’avoir, avec ses collègues de l’époque, réellement aidé ses semblables. «Mon travail, c’était d’offrir de la sécurité et de rassurer. C’était l’expérience que je devais vivre dans ma vie, c’est aussi la plus grande que j’ai vécue en 31 ans de carrière. Tu te donnes au maximum, c’est là que tu t’accomplis le plus», soutient le Granbyen.

Un «perron d’église» instantané

Il n’œuvrait pas à M-105 au moment du cataclysme et pourtant, l’actuel directeur général, Guy Laporte, en entend encore à ce jour fréquemment parler. S’il a eu lieu il y a déjà deux décennies, l’épisode aura permis à la nouvelle radio d’instantanément faire la démonstration de son utilité, mais surtout, de sa pertinence. «Les gens avaient besoin de se renseigner et le faisaient en se branchant à l’unique station locale. La radio, à ce moment-là, a fait office de gigantesque perron d’église. […]», explique-t-il. Une fois la crise terminée, les auditeurs avaient ni plus ni moins fait connaissance avec leur nouvelle radio granbyenne. «Ça a été un immense accélérateur de la notoriété de M-105 sur le marché», admet M. Laporte.