Jour 34: les chefs parlent de réconciliation et d’une controverse sur McKinsey

La Presse Canadienne
Jour 34: les chefs parlent de réconciliation et d’une controverse sur McKinsey

MONTRÉAL — En cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, les chefs de partis ont bien sûr abordé la question de la relation avec les Premières Nations.

Toutefois, une controverse sur des contrats accordés à la firme McKinsey pendant la crise sanitaire a pris le devant de la scène et nourri les attaques contre la CAQ, vendredi, tandis que le chef du PQ a dû pour sa part exclure deux candidats pour des propos sur les femmes voilées et la religion musulmane.

Radio-Canada a révélé que pendant la pandémie, le cabinet-conseil américain McKinsey a joué un rôle de premier plan, en dirigeant des réunions stratégiques, et en conseillant le gouvernement sur l’achat d’équipement de protection personnelle.

Le diffuseur public soulève même la possibilité que l’idée de former 10 000 préposés aux bénéficiaires ait été inspirée par les conseils de McKinsey.

En point de presse en fin d’avant-midi, le premier ministre sortant François Legault a rejeté fermement cette possibilité, insistant pour dire que c’était «son» idée de former autant de gens en si peu de temps.

Il a aussi argué que la situation exceptionnelle et urgente avait nécessité des moyens exceptionnels. Selon lui, les recommandations «ont aidé à sauver des vies».

Plus tôt, les chefs d’opposition ont dénoncé le manque de transparence du gouvernement Legault sur le sujet.

«La question fondamentale pour moi, c’est pourquoi est-ce que nous, comme Québécois, on n’a pas été informés de ça?, a questionné la cheffe libérale Dominique Anglade. Moi jamais comme première ministre je vais retenir cette information-là.»

Le chef conservateur Éric Duhaime est même allé aussi loin que de demander une commission d’enquête publique sur le sujet.

«C’est très inquiétant. Comment ça se fait qu’une firme comme celle-là, une firme étrangère, se ramasse à jouer un rôle aussi important dans la gestion d’une crise aussi majeure?», a-t-il demandé.

«On a le droit de savoir ce qui s’est passé.»

Le chef solidaire Gabriel Nadeau-Dubois a pour sa part accusé le premier ministre d’avoir «privatisé toute une partie de la gestion de la pandémie».

«Pendant qu’il y avait du monde sur le terrain qui demandait à être écouté, François Legault a préféré écouter des consultants privés d’une firme multinationale», a-t-il dénoncé.

Vérité et réconciliation

Avant de commenter la controverse sur McKinsey, le chef caquiste a revêtu brièvement ses habits de premier ministre pour participer à une cérémonie de commémoration à un ancien pensionnat autochtone, en Abitibi.

M. Legault a rencontré des survivants d’un ancien pensionnat autochtone à Saint-Marc-de-Figuery, qui lui ont confié se sentir «ignorés». 

«Je peux vous promettre que si je suis choisi (aux élections), on va passer plus de temps avec vous», a répondu M. Legault à l’un d’entre eux, Johnny Wylde. 

Des événements étaient organisés partout au pays pour commémorer la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.

En point de presse, la cheffe libérale a pour sa part rappelé que si son parti était élu, elle reconnaîtrait le principe de Joyce dans les 100 premiers jours de son gouvernement.

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, estime toujours pertinent que Québec emboîte le pas au fédéral et reconnaisse le 30 septembre de chaque année comme un jour férié.

Une loi 101 pour les langues autochtones

Le chef caquiste a dit vouloir déposer un projet de loi pour défendre et promouvoir les langues autochtones, évoquant une «loi 101» pour les Autochtones.

Son gouvernement avait pourtant été durement critiqué par les Autochtones quand il avait adopté sa réforme qui renforce la loi 101, parce qu’ils réclamaient d’en être exemptés pour protéger leurs propres langues.

«Je suis prêt à faire des efforts, même à investir. Si j’étais à leur place, ce serait important de protéger ces langues», a dit M. Legault.

L’appui pourrait prendre diverses formes, que ce soit du temps additionnel réservé à l’apprentissage des langues, ou l’embauche d’enseignants. 

Controverse au PQ

De son côté, le Parti québécois a dû exclure deux candidats, vendredi, pour des commentaires écrits ou partagés sur les femmes qui portent le voile et sur la religion musulmane.

Dans une série de publications sur les médias sociaux faites en 2015 et 2016, le candidat dans Rousseau, Pierre Vanier, a mis en doute l’intelligence des femmes qui portent le voile et accusé les musulmans de «tuer la démocratie».

Après l’avoir suspendu en attendant d’obtenir des explications, le chef, Paul St-Pierre Plamondon, a confirmé que M. Vanier ne pourrait pas faire partie du caucus du PQ, s’il est élu. Sa conjointe, Catherine Provost, qui se présente dans L’Assomption, est également exclue, car elle a partagé du contenu similaire, a-t-il ajouté lors d’une mêlée de presse à Tadoussac. 

Les deux candidats bannis ont toutefois refusé de retirer leur candidature. Leurs noms demeureront inscrits sur le bulletin de vote, mais le chef assure qu’ils ne joindront pas le PQ à l’Assemblée nationale s’ils sont élus et seraient considérés comme indépendants.

Des gains du PLQ à l’extérieur de Montréal?

La cheffe libérale Dominique Anglade a rencontré la mairesse de Montréal, Valérie Plante, vendredi, avant d’aller sillonner les circonscriptions de Laporte et de La Pinière, sur la Rive-Sud. 

Mme Anglade a consacré plusieurs jours de sa campagne dans Montréal et ses environs, où des luttes très serrées sont à prévoir avec la CAQ et QS.

Si même les châteaux forts de Montréal ne sont pas acquis, est-il réaliste de penser que le PLQ pourra faire des gains en région, lui a-t-on demandé.

Refusant de se prononcer sur le nombre de sièges que le PLQ pouvait réalistement remporter, la cheffe libérale a indiqué avoir bon espoir de gagner Huntingdon, Soulanges et Orford, d’«excellents comtés pour le Parti libéral».

QS dans des bastions libéraux

Québec solidaire concentrera les derniers jours de sa campagne électorale dans des bastions libéraux où il croit pouvoir faire des gains le soir du 3 octobre.

La caravane de QS prévoit s’arrêter d’ici dimanche dans les circonscriptions de Viau, Saint-Henri–Sainte-Anne et Maurice-Richard, sur l’île de Montréal, ainsi que dans Hull, en Outaouais.

Le co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois a rappelé vendredi matin ses engagements pour la métropole québécoise.

QS promet entre autres des investissements de 47 milliards $ en mobilité, 18 000 nouveaux logements sur deux mandats, un meilleur encadrement d’Airbnb, et un fonds d’urgence climatique pour répondre aux situations urgentes.

M. Nadeau-Dubois a aussi décoché une flèche à l’endroit du PLQ, qualifiant notamment la formation politique d’«invisible» sur les plans de la crise du logement et de l’environnement.

Duhaime sur l’«arrogance» de Legault

Selon le chef conservateur Éric Duhaime, le premier ministre sortant François Legault est «déjà arrogant et méprisant», alors une victoire écrasante de son parti lundi n’augurerait rien de bon en termes démocratiques.

C’est ce qu’il a affirmé, vendredi, en point de presse sur le site de son local électoral de la circonscription de Chauveau, où la victoire semble loin d’être acquise pour lui.

Dans Chauveau, M. Duhaime mettra les bouchées doubles au cours des prochains jours pour «faire sortir le vote» conservateur. «C’est la sortie de vote qui va faire si on va gagner ou on va perdre le 3 octobre», a-t-il dit.

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