Legault ouvre la porte au plan vert de l’UMQ, mais pas aux 2 G$ réclamés

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne
Legault ouvre la porte au plan vert de l’UMQ, mais pas aux 2 G$ réclamés

MONTRÉAL — Les élus municipaux ont entendu le premier ministre sortant François Legault souffler le chaud et le froid, vendredi, lors de leur Sommet électoral.

La rencontre des cinq chefs de parti à l’invitation de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) a permis au milieu municipal d’énoncer clairement des demandes totalisant 3 milliards $, et ce, dès cette année.

Pour les élus municipaux, l’inflation se traduira par un manque à gagner de 1 milliard $ dès 2022 et l’adaptation aux changements climatiques entraînera des dépenses annuelles de 2 milliards $, selon les études des experts dans le domaine. Cette dernière somme de 2 milliards $, l’UMQ l’avait réclamée plus tôt cette semaine à titre de «plan vert» auquel François Legault avait fermé la porte à l’issue d’une rencontre avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante, dans les heures précédant le déluge de mardi.

Oui, mais non

«Je suis moins catégorique que ce qui a été écrit par les journalistes», a déclaré M. Legault devant l’auditoire, laissant entendre que les médias l’avaient mal compris et que la porte était toujours ouverte de son côté.

Pourtant, dans la minute suivante, il ajoutait qu’il doit quand même «respecter la capacité de payer des Québécois» et ajoutait cette phrase qui laisse peu de doutes sur ses intentions réelles: «Si, demain matin, je donnais 2 milliards $ par année de plus aux municipalités, il faudrait que j’augmente les impôts sur le revenu de 2 milliards $. C’est toujours le même contribuable et, avec l’inflation, c’est sûrement pas le temps de mettre des (nouvelles) taxes.»

Tout au plus, a-t-il offert, des sommes pourraient être tirées de l’enveloppe de 325 millions $ du projet Oasis pour lutter contre les îlots de chaleur et des sommes destinées aux infrastructures d’eau potable.

Des impacts déjà coûteux

L’argent recherché par les municipalités vise toutefois à payer pour les dommages causés par les déluges, les inondations majeures, les tornades, les glissements de terrain et autres catastrophes causées par la météo extrême avec lesquelles elles sont déjà aux prises.

Le président de l’Union des municipalités et maire de Gaspé, Daniel Côté, s’est pourtant félicité à l’issue du Sommet d’avoir obtenu des engagements clairs des chefs de parti sur les deux priorités urgentes de ses membres. Interrogé sur les engagements qu’il avait perçus, M. Côté a dû admettre que ce cahier de demandes «n’était pas nécessairement dans leurs cadres financiers. J’ose espérer qu’ils vont retourner à la planche à dessin. On a eu pas mal de bonnes discussions et l’ouverture, elle est là».

L’hôtesse de l’événement, la mairesse Plante, s’est également réjouie du fait que «le pacte vert a été sur toutes les lèvres de tous les chefs, comme quoi il faut trouver des solutions et il faut soutenir les villes dans leurs efforts à adapter leurs infrastructures».

Un seul oui

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a pourtant été le seul à se dire prêt à allonger la somme réclamée pour l’adaptation aux changements climatiques. Reprochant au chef caquiste d’avoir «manqué de respect» en fermant la porte à la demande des villes, il a répliqué qu’il «rouvre la porte. Elle est grande ouverte (…) il y a de l’espace pour ce 2 milliards $», a-t-il soutenu en se référant aux éléments de lutte contre les changements climatiques contenus dans son cadre budgétaire. Pour l’autre milliard $ de compensation pour l’inflation, M. St-Pierre Plamondon s’est réfugié, comme tous les chefs, derrière une éventuelle réforme complète de la fiscalité.

Depuis des décennies, les villes se plaignent d’être prisonnières de l’impôt foncier comme source de revenus.

Réforme de la fiscalité municipale

Gabriel Nadeau-Dubois avait auparavant fait part de son ouverture au pacte vert réclamé par l’UMQ, sans s’avancer sur son financement, affirmant lui aussi que cela devait s’inscrire dans une révision complète de la fiscalité municipale. Quant au milliard $ réclamé pour contrer l’inflation, il a fait un bout de chemin, soulignant que le cadre financier de Québec solidaire prévoyait déjà un transfert immédiat de 300 millions $ aux municipalités. «C’est un début pendant qu’on s’entend sur un nouveau pacte fiscal», a-t-il avancé.

La cheffe libérale Dominique Anglade a suivi la même voie, se disant ouverte à un pacte vert. «Quand on va revoir toute la question de la fiscalité, il va falloir qu’on inclue cette discussion-là.»

Après la rencontre, elle n’a pas voulu s’avancer à modifier son cadre financier pour inclure cette dépense, toutefois. Du côté de l’inflation, elle a aussi offert de rehausser le financement des projets financés conjointement en maintenant les mêmes pourcentages que ceux prévus initialement lorsque ces projets connaissaient des augmentations de coûts inflationnaires.

Pas d’espoir du côté conservateur

Le chef conservateur Éric Duhaime, pour sa part, n’avait pas de réponses satisfaisantes à offrir aux élus municipaux. Bien qu’il se soit dit ouvert à discuter du plan vert municipal, pour lui tout financement éventuel proviendrait de l’exploitation des hydrocarbures, comme pour l’ensemble de ses initiatives de transition énergétique. «Si on a des revenus supplémentaires qu’on est capable de générer, on pourra dialoguer, s’asseoir et dialoguer», a-t-il dit. Cependant, son propre cadre financier ne prévoit pas de revenus de cette source avant deux ans et ces revenus doivent totaliser un peu moins de 400 millions $ après cinq ans, alors que les municipalités réclament 2 milliards $ par année.

Quant à une compensation pour l’inflation, le chef conservateur a répondu que la lutte contre l’inflation reposait entièrement sur les baisses d’impôt qu’il propose. Aussi partisan d’une réforme de la fiscalité municipale, il a servi une réplique relevant de l’idéologie conservatrice qu’il défend, sans pour autant dire comment les villes iraient chercher plus d’argent: «Les municipalités, le jour où elles auront des revenus autonomes plus importants et qu’elles ne dépendront pas de la charité du gouvernement du Québec, elles vont être beaucoup plus libres chez elles».

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