Farnham: le stade de la rue Saint-André et ses héros tombés dans l’oubli

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Par Claude Hebert
Farnham: le stade de la rue Saint-André et ses héros tombés dans l’oubli
La fille de Jacques Tarte, Danielle Tarte, avec en main une photo des Black Sox / Pirates de Farnham datant de 1949. À ses côtés, on aperçoit le gant de baseball du célèbre lanceur gaucher. (Photo : L’Avenir & Des Rivières – Claude Hébert)

SPORT. Le sport a toujours occupé une place de choix dans le cœur des Farnhamiens et le stade couvert de la rue Saint-André a été le lieu de rassemblement de toute une génération.

Le site a notamment servi de domicile aux Pirates, un club de baseball semi-professionnel qui a fait la renommée de Farnham entre 1947 et 1951, et aux Frontenac, une équipe de football civile qui s’est démarquée de belle façon entre 1962 et 1967.

Pirates

Les Pirates ont joint la Ligue provinciale de baseball en 1947 et n’ont pas tardé à tenir tête aux formations des grandes villes rivales. On pense plus particulièrement aux Braves de Saint-Jean, aux Red Sox de Granby, aux Saints de Saint-Hyacinthe, aux Athlétiques de Sherbrooke, aux Cubs de Drummondville et, plus tard, aux Braves de Québec et aux Royaux de Trois-Rivières.

À sa première saison, l’équipe de Farnham accueillait dans ses rangs un ancien joueur des Ligues majeures de baseball et quatre joueurs de la US Negro Baseball League.

L’année suivante, les Pirates (renommés Black Sox pour l’occaion) alignaient deux anciens joueurs des Ligues majeures de baseball et huit Afro-Américains (les frères Dave et Willie Pope notamment). Certains de ses membres évoluaient sous un nom d’emprunt.

En 1950, Samuel Bankhead devenait le premier gérant noir de tout le baseball organisé. En 1951, pas moins de quinze Afro-Américains évoluaient pour le club de Farnham.

Jacques «Coco» Tarte a connu ses heures de gloire avec les Pirates. Ce lanceur gaucher, reconnu pour l’efficacité de sa balle rapide, avait également le mérite d’être un excellent frappeur. Ce dernier a d’ailleurs conservé une moyenne au bâton supérieure à .300 lors de son séjour dans la Ligue provinciale. Il évoluera également avec les Braves de Saint-Jean et les Athlétiques de Sherbrooke au sein de ce même circuit.

«À cette époque, mon père travaillait pour le Canadien Pacifique et quittait son emploi durant la belle saison pour jouer au baseball. Lors de son séjour dans la Ligue provinciale, il a notamment reçu une invitation pour le camp d’entraînement des Royaux de Montréal, une équipe de baseball professionnelle évoluant dans la Ligue internationale», relate Danielle Tarte, fille de l’illustre lanceur.

Après avoir attiré jusqu’à 2000 spectateurs par match, le club de baseball de Farnham a finalement quitté la Ligue provinciale en 1951 à la suite d’ennuis financiers.

Frontenacs

Dans la décennie 60, le stade de la rue Saint-André a été le théâtre des exploits des Frontenacs de Farnham.

Cette équipe juvénile civile a rallié les amateurs de football pendant une demi-douzaine d’années et pavé la voie aux Astérix de l’école secondaire Jean-Jacques-Bertrand.

En 1971, à sa première saison dans le football scolaire, l’équipe de Farnham avait repris le nom des Frontenacs et disputait ses matchs au stade de la rue Saint-André.

En 1974, le club de JJB optait pour un nouveau nom – les Astérix – avant de poursuivre ses activités, dès l’année suivante, sur un nouveau terrain aménagé à l’arrière des gymnases de la polyvalente.

Cirque Barnum & Bailey

Dans les années 60, le stade de Farnham a par ailleurs accueilli le célèbre cirque américain Ringling Bros and Barnum & Bailey.

Cette entreprise de divertissement présentait notamment des numéros mettant en scène des clowns, des acrobates, des avaleurs de couteaux et des animaux exotiques (lions, tigres, éléphants, chameaux, chevaux, etc.).

«À cette époque, le Canadien Pacifique disposait d’une cour de triage pour les animaux. À leur sortie du train, ces derniers empruntaient la rue Victoria puis la rue Saint-André sous bonne escorte pour se rendre au chapiteau sous le regard émerveillé des petits et grands», se souvient Jacques Dubuc, un commerçant de Farnham à la retraite.

Le cirque Barnum & Bailey a finalement mis fin à ses activités en mai 2017 après 146 ans d’existence.

Projet de mémorial

Si le stade de la rue Saint-André a maintenant laissé place à un développement domiciliaire, de nombreux Farnhamiens se souviennent encore de l’ambiance de fête qui y régnait et des bons moments qu’ils y ont passé.

Un petit comité espère perpétuer la mémoire des organisations sportives qui ont fait la renommée de Farnham avec la mise en place d’un mémorial à l’entrée de la rue Longtin.

«Les commentaires nostalgiques de certains citoyens ont réveillé en moi de beaux souvenirs et m’ont amené à m’intéresser plus attentivement à l’histoire de ce lieu encore bien présent dans la mémoire collective», signale le Farnhamien Jacques Dubuc.

Au cours de ses recherches, ce dernier a notamment pu mettre la main sur la photo d’un stade couvert dont beaucoup de personnes ignoraient jusque-là l’existence. Cette précieuse photo est jalousement conservée par Jean Tarte, le fils de l’as lanceur gaucher dont il est question dans le présent article. Ce dernier a aussi pris soin de conserver certains articles sur les Pirates et ses joueurs vedettes publiés dans le quotidien La Voix de l’Est et l’hebdomadaire Le Canada Français.

Le comité a également mis la main sur des découpures de journaux des années 80 relatant les exploits de l’équipe de l’Hôtel Montcalm au sein de la Ligue de balle-molle Labatt 50. Ces pièces d’archives appartenant à Robert «Bob» Allen rappellent notamment les victoires de cette équipe au championnat provincial de septembre 1981 à Notre-Dame-du-Bon-Conseil et au tournoi Labatt de Cowansville en juillet 1982.

Pour mousser son projet, le comité a par ailleurs fait parvenir aux autorités municipales une esquisse de mémorial réalisée par Danielle Tarte, un professeur d’arts plastiques à la retraite.

«La greffière de la Ville de Farnham, Marielle Benoit, a démonté de l’intérêt pour notre proposition, mais c’est aux élus municipaux qu’il appartiendra de décider du sort réservé au projet de mémorial», ajoute M. Dubuc, qui se montre optimiste pour la suite des choses.

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Christiane Langdeau
Christiane Langdeau
29 jours

De merveilleux souvenirs, et comme chacun à un devoir De mémoire il est important qu’ un mémorial soit accepté. Que de fêtes de St-Jean Baptiste y ont été célébrées de plus a cet endroit. Merci à ceux qui s’impliquent.