La Pommeraie: besoin criant d’infirmières

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Par Claude Hebert
La Pommeraie: besoin criant d’infirmières
(Photo : l'Avenir & Des Rivières-archives)

Alors que les employés se plaignent de la lourdeur de leur tâche et réclament de meilleures conditions, la direction du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) La Pommeraie laisse entendre qu’il n’y a pas de pénurie d’infirmières à l’horizon. Seule ombre au tableau. Les besoins en personnel ne sont pas toujours comblés durant les week-ends, les jours fériés et les vacances estivales, reconnait l’organisation de santé.

Pas moins de 325 infirmières et 135 infirmières auxiliaires se partagent le travail à l’hôpital BMP, dans les CLSC et les centres d’hébergement de La Pommeraie. La moyenne d’âge des employées gravite autour de 42 ans.

Le CSSS accueille chaque année entre 25 et 30 nouvelles infirmières pour remplacer celles qui retournent aux études, quittent pour la retraite, se joignent à un autre établissement ou abandonnent la profession. (28 départs par année en 2011 et 2012).

«En janvier dernier, nous avons accueilli six candidates à l’exercice de la profession infirmière (CEPI) qui avaient terminé leur formation collégiale le mois précédent. Nous en attendons 25 autres, à la fin mai ou au début juin, au terme de l’année scolaire», précise Lise Montagne, directrice générale adjointe et directrice des soins infirmiers.

Au dire de cette dernière, la plupart des CEPI ayant déjà un lien d’emploi avec La Pommeraie entreprendront leur carrière dans les établissements de la grande région de Cowansville après avoir réussi leur examen d’admission à l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

«Nous avons un bon taux de rétention, mais ça ne règle pas tous nos besoins, car plusieurs infirmières détenant un diplôme d’études collégiales poursuivront leurs études à l’université, tout en continuant à travailler à temps partiel», explique Mme Montagne.

Solutions de rechange

À l’instar des autres CSSS, La Pommeraie doit également composer avec la problématique des congés de maternité. Le recours aux agences privées, une pratique décriée par les syndicats, constitue parfois l’unique solution de remplacement.

«La Pommeraie a été très pro-actif dans ce domaine et a délaissé de façon progressive les services des agences privées. Il n’y avait presque plus d’infirmières du secteur privé dans nos établissements depuis deux ans, mais on recommence à en voir circuler depuis janvier dernier», signale Carole Guillette, présidente de la section locale de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), qui représente les infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes du CSSS La Pommeraie.

La direction fait également appel à des infirmières retraitées, depuis trois ans, pour donner un coup de main au personnel régulier.

«Ces dernières travaillent dans les CLSC, les CHSLD, au bloc opératoire, au pavillon des naissances et dans les véhicules utilisés pour le transport interhospitalier. Leur nombre varie entre cinq et dix», indique Mme Guillette.

Pression sur le réseau

Si l’arrivée des CEPI est généralement accueillie comme une bouffée d’air frais, l’entrée en scène de ces employées inexpérimentées au sein du personnel oblige souvent les infirmières d’expérience à prendre les bouchées doubles.

«On est content de les avoir, mais leur présence occasionne malgré tout une surcharge de travail pour le personnel régulier qui, faut-il le rappeler, en fait déjà beaucoup», explique Mme Guillette.

La porte-parole syndicale reconnaît cependant que l’exercice de la profession infirmière n’est pas facile pour les nouvelles arrivées qui doivent assumer de lourdes responsabilités, prendre des décisions rapides et en faire toujours un peu plus malgré leur manque d’expérience.

«Comme les filles d’expérience sont débordées, les nouvelles ne s’adressent à elles qu’en dernier recours pour obtenir de l’aide ou leur demander conseil. C’est regrettable, mais le système est ainsi fait», ajoute Mme Guillette, qui ne cache pas son admiration pour la jeune génération.

Cette dernière ajoute que les établissements de santé traitent des cas de plus en plus lourds, une conséquence directe du vieillissement de la population locale. Brome-Missisquoi tend également à devenir une terre d’accueil pour beaucoup de retraités de Montréal et de la Rive-Sud, ce qui crée une pression additionnelle sur les institutions locales.

La Pommeraie met sur pied des comités de soins multipartites, depuis trois ans, pour évaluer la lourdeur de la tâche du personnel et tenter de remédier à la situation.

«Nous avons commencé à évaluer la situation en chirurgie, à l’urgence et aux soins intensifs, mais il faudra également se pencher sur le cas des infirmières et infirmières auxiliaires rattachées aux services d’hébergement (CHSLD) et de soutien à domicile. Ces comités auront notamment pour mandat de documenter les problèmes de manque de personnel dans les différentes unités de soins», précise la porte-parole syndicale.

Formule 7/7

Le CSSS La Pommeraie a connu un achalandage record, l’été dernier, sans raison apparente. L’introduction d’un nouvel horaire de travail a cependant aidé le réseau local à mieux faire face à la musique.

«Les patients étaient alignés dans les corridors, comme en hiver, et les infirmières de jour restaient sur place après le travail pour aider leurs collègues ou compléter leur rapport quotidien. Beaucoup d’employés ont sacrifié leur pauses et leur heure de dîner pour ne pas abandonner les patients. J’ai également vu de mes collègues retourner chez elles les larmes aux yeux», indique Carole Guillette, présidente de la section locale de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Cette dernière n’est pas en mesure de prédire la situation qui prévaudra l’été prochain, mais accueille avec enthousiasme l’horaire de travail 7/7 qui gagne de plus en plus d’adeptes dans le milieu de la santé, tout spécialement chez les jeunes.

«Une vingtaine d’infirmières ont fait l’expérience de cet horaire l’été dernier. Elles travaillaient sept jours, puis bénéficiaient d’un congé de sept jours. Les participantes ont ainsi sauvé six semaines de travail sur douze durant l’été, en puisant dans leur banque de congés fériés et de vacances annuelles», explique Mme Guillette.

La porte-parole syndicale laisse entendre que ce nouvel horaire de travail, en voie d’implantation depuis trois ans, est tout particulièrement populaire auprès des infirmières qui travaillent sur les quarts de jour et de soir. Sa cote de popularité est beaucoup moins grande auprès des employées de nuit.

Carole Guillette ajoute que la formule 7/7 contribue à réduire les problèmes de manque de personnel durant la fin de semaine et la nécessité de payer des employés à temps supplémentaire.

«Cet horaire de travail peut aider à retenir nos jeunes en leur permettant de prendre des semaines de vacances durant les plus belles semaines de l’été au lieu de devoir se contenter de vacances en juin ou en septembre, avant ou après les vacances des employées bénéficiant d’une plus grande ancienneté», poursuit la déléguée syndicale.

Cette dernière reconnaît toutefois que la formule 7/7 n’est pas faite pour tout le monde, certaines infirmières préférant prendre plusieurs semaines de vacances  consécutives au lieu de les répartir sur toute la saison estivale.

 

 

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